Que les hostilités débutent

ÉDITORIAL / S’il est une chose qui ne fait aucun doute, c’est que la campagne fédérale qui s’annonce sera l’une des plus captivantes des vingt dernières années.

Non pas parce que la bataille qui se prépare oppose deux formations qui sont actuellement au coude-à-coude ; non pas parce que le Bloc québécois semble renaître de ses cendres avec l’arrivée d’un chef charismatique et d’un communicateur hors pair en la personne d’Yves-François Blanchet ; pas non plus parce que le Nouveau Parti démocratique sera intéressant à voir évoluer au Québec avec, soyez-en certains, une présence très limitée de son chef Jagmeet Singh, en plein débat sur la laïcité; non pas parce que le Parti vert tentera sans relâche de s’approprier la cause du développement durable, l’un des enjeux phares de cette élection. Non, cette campagne fédérale pourrait surtout passer à l’histoire en raison de l’acrimonie des affrontements et de la violence des attaques. Candidats de partout au Québec, toutes allégeances confondues, affûtez vos glaives et sortez les boucliers, car la guerre est sur le point de s’amorcer.

En entrevue éditoriale au journal Le Quotidien, jeudi, le ministre de Patrimoine Canada et coprésident de la campagne libérale au Québec, Pablo Rodriguez, a martelé trois fois plutôt qu’une le mot «austérité», comme s’il souhaitait l’imprégner au fer rouge sur le Parti conservateur. Austérité. L’antidote aux accusations provenant de l’adversaire, qui cherche à dépeindre le premier ministre Justin Trudeau telle une personne qui dépense sans limites depuis son élection.

Sans subtilité, le ministre Rodriguez a également glissé le thème de l’avortement au coeur des discussions, un autre sujet qui fera sans doute l’objet d’attaques répétées des libéraux contre le parti d’Andrew Scheer. « Être conservateur, c’est refuser de défendre le droit légitime des femmes de choisir », déchiffre-t-on entre les lignes apprises par coeur par le ministre. Le vote de ces femmes, pour les libéraux, représente un enjeu capital. Elles sont la clé de voûte sans laquelle un second mandat n’est tout simplement pas possible.

Dans le camp conservateur, la cible est sans équivoque Justin Trudeau. L’aura de téflon qui le recouvrait en 2015 est aujourd’hui réduite à une peau de chagrin. Il y a eu le voyage en Inde, l’exemption de taxes de Netflix et l’affaire SNC-Lavalin, certes, mais une campagne parallèle gagne de l’ampleur chaque jour sur les réseaux sociaux. Une campagne surtout alimentée par la désinformation, articulée par des sites tendancieux qui vont jusqu’à prétendre que Justin Trudeau est en faveur de l’excision du clitoris.

Le problème est qu’ils sont nombreux à partager sur Facebook de tels torchons propagandistes en y adhérant aveuglément, et c’est loin d’être fini, si on se réfère à la campagne qui a mené Donald Trump jusqu’à la Maison-Blanche.

Verrons-nous bientôt apparaître « Crooked Justin » dans les tendances Twitter ?

Les paris sont ouverts.

la place des grands enjeux

Quatre-vingts jours exactement nous séparent du jour du scrutin. Une éternité en politique, surtout si cette période est essentiellement ponctuée d’attaques venimeuses et de propagande haineuse qui n’ont d’autre but que de démolir l’adversaire pour mieux l’écraser. Espérons qu’à travers la tempête qui se dessine, les plateformes électorales, les engagements, les grands enjeux et les projets de société auront eux aussi une place importante dans le débat de même que sur les réseaux sociaux.

Parce qu’avant tout, cette élection définira le genre de pays dans lequel nous voulons vivre pour les quatre prochaines années, et au-delà.