Hassan Diab tente de soutirer le maximum du gouvernement du Canada pour le procès qu’il a subi concernant l’attentat de la rue Copernic, à Paris.

Que Diab s’adresse à la France

ÉDITORIAL / Hassan Diab tente de soutirer le maximum du gouvernement du Canada pour le procès qu’il a subi concernant l’attentat de la rue Copernic, à Paris. C’est répréhensible car ces procédures n’ont aucune mesure de comparaison avec deux cas fortement médiatisés et dont il semble s’inspirer, ceux d’Omar Khadr et de Maher Arar.

Hassan Diab est ce professeur d’université qui a — faussement, a reconnu la justice française — été soupçonné d’être impliqué dans une attaque terroriste survenue le 3 octobre 1980 à une synagogue de Paris.

C’était la plus importante et cruelle attaque contre la communauté juive depuis la Seconde Guerre mondiale. Quatre personnes sont mortes et 46 ont été blessées par la déflagration de 10 kilos d’explosifs camouflés dans des sacoches d’une moto stationnée à l’entrée. Une enquête subséquente de police a pointé du doigt des nationalistes palestiniens, sans trouver de coupable. Cette attaque a fait les manchettes pendant des années en France.

En 2008, M. Diab habitait au Canada. Avec son doctorat de sociologie en poche de la Syracuse University, dans l’état de New York, il a obtenu sa citoyenneté canadienne et enseignait aux universités d’Ottawa et Carleton. Au même moment, la France a recommencé ses procédures afin d’intenter un procès au professeur. Pour cela, il fallait faire extrader Hassan Diab du Canada. Cela a pris quatre ans.

Au final, en 2012, le juge a reconnu que la preuve était faible, mais qu’il ne pouvait s’y opposer. La Cour d’appel a confirmé, et la Cour suprême a refusé d’entendre la cause.

Le dossier de Hassan Diab était clair : son cas ne se jugerait pas au Canada, où il avait épuisé ses recours, mais en France.

M. Diab a été emprisonné dès son arrivée en France, en 2014, puisqu’il était considéré criminel dangereux. Son procès s’est déroulé sur trois années et a multiplié les démarches qui tenaient à l’examen minutieux de preuves calligraphiques douteuses. Au final, il a été blanchi.

Aujourd’hui, il en veut au Canada contre lequel il réclame pas moins de 90 millions $, 50 millions $ pour lui et 40 millions $ pour son épouse et ses deux enfants. C’est proprement insensé.

Il y a deux autres cas de rétribution pour des emprisonnements fautifs avant Hassan Diab. Celui d’Omar Khadr, l’enfant soldat qui a tué un GI américain, après que le gouvernement conservateur de Stephen Harper ait nié ses appels à la libération alors qu’il croupissait à la prison de Guantanamo. Maher Arar, lui, a été emprisonné et torturé en Syrie sous de fausses informations de la Gendarmerie royale du Canada. Dans les deux cas, le Canada avait une responsabilité énorme. Omar Khadr a reçu 10,5 millions $ du Canada et Maher Arar également.

Dans le cas de Hassan Diab, le Canada n’a que bien peu à se reprocher. Le pays a suivi les procédures d’extradition. En 2018, une enquête a été instituée et les résultats ont également blanchi le Canada. Au mieux a-t-on souhaité au passage améliorer les mesures d’extradition. Évidemment, le clan de M. Diab a qualifié le tout de mesure à étouffer toute l’affaire. Quatre fois le Canada s’est penché sur ce dossier : un premier juge a résolu qu’il ne pouvait prévenir l’extradition et les trois autres ont conclu dans le même sens. Pour ça, M. Diab exige 90 millions $.

S’il y a un coupable, c’est la France. C’est elle qui l’a privé de sa liberté pendant plus de trois ans. C’est là que Hassan Diab et ses avocats doivent s’adresser.