Ce printemps, 40 % des membres de l’Association des économistes indiquaient dans un sondage que la productivité insuffisante du Québec était le principal obstacle que devait surmonter le Québec pour accroître sa présence dans l’économie mondiale.

Productivité: faut y voir

ÉDITORIAL / Accroître la productivité. Ce n’est pas la première chose à laquelle les Québécois pensent en ce chaud mois de juillet propice au farniente. C’est pourtant un défi que doit relever le Québec, qu’importe si le voisin Trump change ou non d’humeur et de position dans les pourparlers commerciaux entre les États-Unis et le Canada.

D’ici les élections d’octobre, le gouvernement Couillard présentera un plan pour augmenter la productivité et la compétitivité des entreprises. Partenaires syndicaux, patronaux et municipaux y travaillent avec lui.

Souhaitons également que tous ceux qui aspirent à prendre le pouvoir aient aussi en tête un plan bien articulé pour donner l’élan dont le Québec a besoin en cette matière. Malgré une avancée, la productivité du Québec accuse toujours un retard, et ce, depuis des décennies. 

Ce printemps, 40 % des membres de l’Association des économistes indiquaient dans un sondage que la productivité insuffisante du Québec était le principal obstacle que devait surmonter le Québec pour accroître sa présence dans l’économie mondiale. Ils étaient moins nombreux (27 % des répondants) à s’inquiéter du vieillissement de la population. Et pourtant, les pénuries de main-d’œuvre causées par le déclin démographique occasionnent déjà de sérieux problèmes aux entreprises.

Même si le gouvernement Couillard peut se vanter d’avoir atteint son objectif de créer quelque 250 000 emplois durant son mandat, le Québec ne peut dire pour autant mission accomplie. C’est une erreur de penser que tout va bien parce que le taux de chômage est bas et que des milliers d’emplois ont été créés. La hausse des salaires enregistrée au cours de la dernière année n’apporte pas non plus l’assurance que le sort des Québécois va s’améliorer.

Certes, plus de gens s’activent sur le marché du travail, mais la valeur des biens produits par heure travaillée augmente toujours moins ici que dans d’autres provinces et moins qu’aux États-Unis.

Ce n’est pas grave, diront certains, le coût de la vie est plus bas au Québec. Autre erreur.

Dans le Bilan 2017 — Productivité et prospérité au Québec, Robert Gagné, directeur du Centre sur la productivité et la prospérité — Fondation Walter J-Somers —notait en février que le Québec ne peut plus tabler sur un plus faible coût de la vie pour compenser les écarts avec d’autres provinces, dont l’Ontario.

«En 2002, le coût de la vie était 21 % plus élevé en Ontario qu’au Québec alors qu’actuellement, un écart à peine supérieur à 10 % sépare les deux provinces. […] Si la tendance se maintient, le coût de la  vie au Québec sera bientôt similaire à celui de plusieurs provinces», souligne-t-on dans le bilan.

Gagné indique de plus que le déficit chronique du Québec en matière d’investissement alimente un dangereux cercle vicieux.

Dans un article publié en avril dans L’actualité, l’économiste Pierre Fortin soutenait pour sa part que «l’austérité budgétaire de 2014 et 2015 en a remis par-dessus». «L’investissement étant le tuyau dans lequel coule le jus du progrès technologique et de la productivité, une partie de l’explication du ralentissement de la productivité du Québec se trouve dans la dégringolade du volume réel d’investissement public (- 20 %) et d’investissement privé non résidentiel (- 16 %) de 2011 à 2015.»

Québec a retrouvé une marge de manœuvre financière et promet sous peu un plan pour augmenter la productivité. À la veille des élections, il faudra toutefois veiller à ce que ce plan favorise réellement l’automatisation, l’innovation, la formation accrue du personnel et une organisation du travail plus performante. Si gagner des votes est le premier objectif du gouvernement, le Québec continuera de traîner la patte.