Le candidat à la chefferie du Parti conservateur du Canada, Peter MacKay

Pour «vraiment» apprendre le français

ÉDITORIAL / Jean Charest n’est plus dans la course à la direction du Parti conservateur du Canada. Rona Ambrose non plus. Et étonnamment, Pierre Poilievre non plus.

Cela ouvre toute grande la route à Peter MacKay.

Il reste bien Erin O’Toole, qui refait la course pour une seconde fois. Et quelques autres figurants qui seront là pour préparer un éventuel retour au gouvernement pour les conservateurs, car ils n’ont que bien peu de chances de faire plus que quelques vagues.

Lorsqu’il a confirmé sa candidature, Peter MacKay ne croyait pas que le chemin s’ouvrirait ainsi pour lui. Il espérait être l’un de deux ou trois candidats sérieux. Voilà qu’il se retrouve seul en tête.

Originaire de la Nouvelle-Écosse, M. MacKay est un vétéran de la politique canadienne. Il a été député pendant 18 ans, avant d’annoncer son passage au secteur privé, à l’aube de 2015. Il a même brièvement dirigé le Parti progressiste-conservateur du Canada après Joe Clark. Cette victoire fut de courte durée parce que sept mois plus tard, il acceptait de fusionner avec l’Alliance canadienne, dirigée par Stephen Harper. Il a accepté de jouer les seconds violons, ce qu’il a fait honorablement en dirigeant les ministères de la Justice, de la Défense nationale et des Affaires internationales. 

N’en déplaise à la députée Michelle Rempel, qui est lasse d’entendre parler du français du leader, et le journaliste Ken Whyte, qui croit que Brian Mulroney était un accident de parcours, parlons-en. Parce que contrairement à ce qu’ils prétendent, le français compte au Canada. Ce n’est pas une obligation constitutionnelle, ni même une convention, argue M. Whyte, mais dans le Canada moderne, la connaissance des deux langues officielles du pays est une condition essentielle, pour qu’un chef puisse parler aux deux groupes dans leur langue. 

Ce que Peter MacKay ne peut faire à ce moment-ci. Tout au long de sa carrière politique, le français est apparu comme un obstacle à ses yeux. Il avait la chance de l’apprendre, il ne l’a pas fait, ou n’y a pas mis les efforts. On peut comprendre qu’il n’ait pas eu, depuis quatre ans dans le secteur privé, l’occasion de le parler. C’est un autre témoignage du peu d’importance que M. MacKay porte au français. 

Tout n’est pas perdu pour lui malgré tout. Il aura environ 18 mois, avant les hypothétiques prochaines élections fédérales, pour le maîtriser. Apprendre le français en 18 mois n’est pas impossible: l’ex-vérificateur général du Canada, Michael Ferguson, en a fait la preuve. D’autant plus que M. MacKay ne part pas de zéro. La date d’échéance est celle du premier débat des chefs en français. S’il ne peut tenir son bout dans cette arène, son chien est pas mal mort.

Ce serait dommage car Peter MacKay présente plusieurs autres belles qualités pour diriger le Parti conservateur du Canada. Il se retrouve plus au centre que l’ex-chef Andrew Scheer, et il est plus ouvert que lui sur les questions morales comme l’avortement, le mariage gai, etc. Sur les questions environnementales, il cultive un flou artistique, mais on le sent opposé à la taxe sur le carbone: ce sera à lui de proposer sa manière de réduire les gaz à effet de serre car l’objectif n’est plus négociable. De toute manière, il est difficile de raccorder les visées des provinces productrices que sont l’Alberta et la Saskatchewan, principalement, et les autres.  

Cela résume les défis et les beautés du système canadien. Mais celui de parler français demeure aussi un objectif, à moins qu’il soit prêt à sacrifier les 75 circonscriptions francophones et francophiles du Canada.