Le francophile Tobi Nussbaum est arrivé en poste comme conseiller de Rideau-Rockcliffe en 2014. Quelques semaines après sa réélection le 22 octobre dernier, il a annoncé qu'il quittait pour assumer la direction de la CCN.

Pour une autre voix francophone

ÉDITORIAL / Hier avait lieu la journée de vote par anticipation dans le quartier Rideau-Rockcliffe, qui doit déterminer le remplaçant de Tobi Nussbaum. Les francophones, qui forment 28,9 % de ce quartier, ont une occasion en or d’envoyer au conseil municipal un autre des leurs, s’ils alignent leurs votes.

La parole francophone est bien rare au conseil d’Ottawa, avec Mathieu Fleury et Jean Cloutier comme seuls vrais francophones. Du lot, on peut ajouter aussi Stephen Blais, qui renoue avec ses origines franco-ontariennes. C’est peu, c’est très peu. Surtout en comparant avec le début des années 2000 lorsqu’il y avait cinq ou six voix nettement francophones à la table du conseil : Georges Bédard, Michel Bellemare, Jacques Legendre, Bob Monette, Madeleine Meilleur et Clive Doucet, en plus du francophile Rainer Bloess. 

Dans le jeu des fusions et de l’amalgamation municipales, ces voix francophones se sont étiolées. Un par un, des élus ont quitté ou ont été battus. Il n’est resté que Rideau-Vanier pour constamment élire un conseiller francophone. 

M. Cloutier s’est rajouté en 2014 dans le secteur Alta Vista, mais ses convictions francophones gagneraient à être mieux affirmées.

Le quartier Rideau-Rockcliffe était représenté dans les années 2000 par Jacques Legendre. Il a quitté ses fonctions en 2010.

Depuis, la communauté francophone peine à trouver un francophone pour prendre sa place. 

Prise de vitesse, elle s’est accommodée de l’ex-président de la Communauté urbaine d’Ottawa-Carleton, Peter Clark, qui a tenu la chaise au chaud pendant un mandat. En 2014, Tobi Nussbaum est arrivé en poste : pas un francophone, mais un francophile. Et puis surprise, quelques semaines après l’élection du 22 octobre 2018, il annonçait qu’il quittait pour assumer la direction de la Commission de la capitale nationale. 

Si M. Nussbaum était invincible dans une course à deux en octobre, c’est le déluge lors de cette élection partielle. Pas moins de 17 candidats se font la lutte, au point où l’affluence cause problème aux organisateurs de débats publics. Il est impossible d’en tenir dans la forme habituelle parce que cela prendrait 6 h pour faire plus qu’un survol des dossiers, une durée qui viendrait à bout de l’endurance des électeurs les plus décidés.

Du groupe, il y a plusieurs francophones, tels Marc Dorgeville, Johan Hamels, Maurice Lamirande, Patrick Mayangi et Oriana Ngabirano. De quoi largement tenir une élection chaudement contestée. Mais voilà, il y en a 12 de plus qui tentent leur chance. Il est étonnant que dans un des six secteurs les plus bilingues d’Ottawa (avec les secteurs Innes, Barrhaven, Beacon-Hill-Cyrville et Cumberland), des candidats unilingues tentent leur chance devant une solide brochette de candidats francophones. Certains sont même d’anciens présidents d’associations locales, comme Sheila Perry et Penny Thomson. Sans égard à leurs autres brillantes qualifications, leurs fonctions auraient dû leur enseigner l’importance du bilinguisme, mais il faut croire que c’est peine perdue. 

Au moins faudra-t-il reconnaître que l’essentiel des candidats s’affiche dans les deux langues officielles, à défaut de les parler. C’est une bien petite victoire morale. Il faudra espérer que les francophones de Rideau-Rockcliffe se ligueront le jour du vote, le 15 avril, et que ce candidat obtiendra aussi sa part du vote des anglophones. Dans cette élection partielle où à peine 20 % des électeurs se donneront la peine de voter, il faudra sortir en bloc pour assurer une autre voix francophone au conseil, pour le secteur Rideau-Rockcliffe.