Le Canada a commencé et étudie les propositions de cinq firmes qui veulent mettre en place d’autres systèmes de paie.

Phénix réglé en 2023: de l’espoir!

ÉDITORIAL / Le Directeur parlementaire du budget avait une bonne et une mauvaise nouvelle dans son rapport «Coûts associés au remplacement du système de paye fédéral», dévoilé jeudi. Malheureusement, la mauvaise nouvelle est bien, bien plus mauvaise que la bonne.

La bonne nouvelle, c’est que le remplacement du système de paie Phénix coûtera bien moins cher que prévu, lorsqu’il sera en place. Il parle d’un coût entre 101 et 105 millions $ par an, mais qui ne sera en vigueur qu’en 2023-2024.

À terme, dans cinq ans, cela représentera 66 % de moins que Phénix. Il s’agit, en fait, d’une excellente nouvelle. Cela équivaut grosso modo à toutes les économies d’échelle qui étaient prévues avec Phénix lorsque ce n’était qu’un projet, il y a 10 ou 12 ans.

Mais avant de se rendre là, il faut «stabiliser» le système... ce qui devrait coûter 2,6 milliards $!

Cette opération de stabilisation, apparemment, est inévitable.

«Le succès du nouveau système repose sur deux facteurs: la correction de l’ensemble des données de paie avant la mise en place du nouveau système, et la sélection d’un système possédant toutes les capacités requises pour traiter la paie de la fonction publique fédérale», écrit le Directeur parlementaire du budget, Yves Giroux.

De façon un peu moins élogieuse, M. Giroux parle de «cochonnerie». «Si vous mettez de la cochonnerie à un bout, vous n’aurez que de la cochonnerie à l’autre bout. Il faut le régler avant de faire la transition à un autre système», a-t-il confié à l’émission Power & Politics, sur CBC.

Il faut donc s’assurer d’avoir de bonnes données, solides et fiables, avant d’autoriser quelque passage que ce soit à un nouveau système. Et ça, ce sont vraiment de mauvaises nouvelles. Car M. Giroux estime que tous les problèmes de Phénix auront été réglés... en 2023.

Cela semble hautement improbable.

Depuis trois ans, Phénix va de mauvaise nouvelle en mauvaise nouvelle. À toutes les paies, soit toutes les deux semaines, s’ajoutent des erreurs insoupçonnées quelques mois auparavant! Personne n’arrive à résoudre l’arrérage de quelque 250 000 erreurs qui ont été créées sous Phénix.

Alors présumer que Phénix sera pour ainsi dire réglé en 2023 s’avère une chimère irréelle.

Mais, bon, M. Giroux doit fonctionner avec une certaine base d’hypothèses.

Et en 2023, il reviendra au gouvernement, dit-il, de décider si l’on conserve un système Phénix dont on a réglé toutes les difficultés, ou si on le change pour un autre. Il souhaite bonne chance au gouvernement, peu importe lequel ce sera. Car conservateurs et libéraux ont une responsabilité partagée à propos de Phénix: les premiers l’ont démarré, les seconds l’ont perpétué.

Aujourd’hui, nous n’en sommes plus à pointer du doigt les coupables, mais à tenter de le corriger.

Considérant les pépins qui ont accompagné Phénix depuis sa mise en oeuvre, en 2016, cela semble hautement improbable que les fonctionnaires canadiens auront confiance que ce service de paie les aura réglés d’ici 2023.

Le Canada doit tourner la page sur Phénix tout de suite. Le pays a d’ailleurs commencé et étudie les propositions de cinq firmes qui veulent mettre en place d’autres systèmes de paie. Il est encore bien trop tôt pour dire lequel. Mais bonne nouvelle, IBM, la firme derrière Phénix, n’est pas sur les rangs!

Pour le reste, souhaitons que le Directeur parlementaire du budget dit vrai à propos de 2023...