Au moment où l’Amérique se lève, les XXIIIes Jeux olympiques d’hiver sont déjà entamés.

Pas par hasard, le succès aux JO

ÉDITORIAL / Au moment où l’Amérique se lève, les XXIIIes Jeux olympiques d’hiver sont déjà entamés. Le décalage de 14 heures entre PyeongChang, en Corée du Sud, et l’est du Canada fait en sorte que les athlètes vivront à l’envers du monde pendant deux semaines. La force de l’argent des réseaux de télévision des États-Unis menant le Comité international olympique par le bout du nez, les compétitions se tiendront à des heures indues, tôt le matin ou tard le soir, pour que les téléphages nord-américains puissent suivre leurs porte-couleurs.

Au Canada, l’intérêt ira grandissant pour ces Jeux car l’unifolié devrait flotter régulièrement sur le podium. Au fil des jours, les médailles devraient se matérialiser et la population, applaudir cette fierté nouvelle.

Depuis une quinzaine d’années, le Canada est devenu une force aux Jeux olympiques d’hiver. Il y récolte deux bonnes douzaines de médailles, et plusieurs d’or. Ce succès s’est bâti non pas sur l’avantage de notre climat, qui nous destine naturellement vers les disciplines hivernales, mais sur l’argent. Il n’y a rien de déshonorant dans ce mercantilisme. C’est pas mal la règle pour atteindre le succès : les médailles ne se remportent pas par hasard, mais en fonction d’un plan structuré de développement du sport et de ses meilleurs talents, et d’une infusion massive de dollars.

Pendant des années, le Canada a été un figurant, même si nos hivers auraient dû nous prédestiner pour ces compétitions. De fait, il n’y a qu’en hockey, au curling et en patinage artistique où nous avons connu l’ivresse des médailles olympiques de façon régulière.

Le Canada compte aujourd’hui parmi les grandes nations des Jeux d’hiver, en raison d’un programme de développement de l’élite sportive, À nous le podium, que le gouvernement conservateur de Stephen Harper a appuyé à coup de dizaines de millions. Les dollars investis à partir de 2006 n’ont pas donné des résultats immédiats : nous en récoltons encore les dividendes et puisque le financement est toujours au rendez-vous, cela devrait continuer pour quelques cycles olympiques encore.

Le Canada enverra d’ailleurs sa plus importante délégation en Corée du Sud, forte de 225 athlètes et 87 entraîneurs, surtout de l’Ontario, de l’Alberta et du Québec.

Le jeu en vaut-il la chandelle ? Il existe peu de vecteurs aussi puissants que la fierté sportive pour galvaniser la population derrière un drapeau. Le Canada n’a rien inventé dans cette utilisation du sport comme motivation politique. Les régimes communistes l’ont fait de façon éhontée dans les années 1970, et la Russie a tenté le coup encore en 2014 à Sotchi : mais son recours aux agents dopants a été dévoilé, plusieurs de ses athlètes ont été suspendus et le drapeau russe ne flottera pas à PyeongChang.

L’autre élément qui explique l’émergence du Canada aux Jeux d’hiver est l’inclusion de plusieurs nouvelles épreuves : le patinage de vitesse courte piste, par exemple, et les nombreuses versions du ski acrobatique.

Le Canada y fait une réelle razzia. Et c’est parce qu’il finance généreusement des sports particuliers comme le bobsleigh et la luge, par exemple, qu’il figure parmi les grands.

Le succès des Gaétan Boucher et autres Myriam Bédard était le fruit du hasard ; plus celui des générations nouvelles. Le Canada fait bien, ça lui sert politiquement et nourrit une fierté unique pour un pays immense qui a peu en commun d’un océan à l’autre.

Maintenant, que les Jeux commencent !