Les empreintes de l'ouragan Michael, qui a frappé la Floride cette semaine.

Pas encore assez inquiétant

ÉDITORIAL / Le GIEC a rendu un verdict indiscutable : le réchauffement climatique a déjà atteint 1 degré Celsius de plus que la norme préindustrielle. Il faudrait des changements « sans précédent » dans nos comportements individuels et collectifs afin de modérer la croissance du climat à 1,5 degré Celsius. Parce qu’au rythme où nous allons, la hausse oscille entre 2,7 et 3,4 degrés C.

Le GIEC, c’est le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat. Il obtient son mandat des Nations Unies. La norme de 1,5 degré, tous les pays du monde — sauf les États-Unis... sous la présidence de Barack Obama, rappelons-le ! — y avaient souscrit en novembre 2015. 

Depuis, si peu a été fait que le GIEC, dans un rapport subséquent, rappelle aux nations leur engagement et ce qui peut encore être réalisé pour le respecter. Pour cela, il faudrait réduire de 45 % nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030. D’ici 30 ans, les énergies renouvelables devraient fournir entre 60 et 80 % de nos besoins, et il faudrait totalement éliminer le charbon. Et ce n’est que le début.

Mais ça ne se fera pas sans plusieurs signaux d’alarme, et encore. Ceux que le GIEC brandit comme menace sont encore pris à la légère au Canada. 

Le gouvernement de Justin Trudeau, qui est convaincu des changements climatiques d’un côté, vient d’acheter un pipeline et d’autoriser un port de gaz naturel liquéfié à Kitimat, en Colombie-Britannique. Au moins tient-il le bon discours. C’est mieux que le Parti conservateur qui se limite à annoncer qu’il déposerait un plan de lutte aux changements climatiques, comme à l’époque de Stephen Harper. L’Ontario et deux autres provinces contestent la taxe carbone des libéraux pas parce qu’elle ne va pas assez loin, mais parce qu’il « faut remettre de l’argent dans les poches des contribuables » ! Parce que cela réduira notre compétitivité mondiale !

Et puis, des vagues de chaleur ? Emmenez-en, au Canada, nous on aime ça ! Une hausse du niveau des océans ? Ça n’inquiète personne à Ottawa ! La fonte des glaces des pôles ? On sait que ça se produit, mais personne n’en a constaté les effets encore. L’afflux de réfugiés climatiques ? Pas vu un seul encore ! Perte de la biodiversité mondiale ? On ne sait pas très bien ce que c’est...

Le GIEC lance tous ces avertissements, mais trop de gens ne le croient pas encore. Parce qu’ils n’ont pas vu les effets des changements climatiques de près, parce qu’ils n’en ont pas subi les conséquences. Et lorsque le GIEC parle de 2030, de 2050, c’est trop éloigné dans le temps pour que la population se fasse une idée précise de ce que le monde aurait l’air avec et sans les changements de climat. Il y a encore trop de domaines où l’érosion du climat peut être en question. 

Évidemment que ça n’aide pas d’avoir un voisin comme les États-Unis qui s’en balancent totalement, et le disent presque comme ça. Cela ne crée pas une atmosphère propice à cette lutte épique. Et ce n’est pas la faute à Donald Trump, pour une fois, puisque les forces de l’immobilisme sont à l’œuvre depuis des décennies. 

Les signaux d’alarme du GIEC doivent être plus forts, plus puissants encore. Ils doivent être immédiats, comme sur un horizon de moins de trois à cinq ans. Ils doivent illustrer des perturbations majeures et vérifiables des changements climatiques, comme des entreprises qui ferment leurs portes, par exemple, avec des centaines, des milliers de travailleurs mis à pied. Il n’y a que là, et encore, que le GIEC commencera à être cru. 

C’est triste, mais c’est comme ça.