Les taux stratosphériques d’approbation du gouvernement Trudeau, au lendemain de l’élection du 19 octobre 2015, dépassaient les 60 %.

Pas d’inquiétude pour Trudeau

ÉDITORIAL / La cote de popularité de Justin Trudeau est en chute libre. La cote de popularité de Justin Trudeau se maintient près des 39,5 % qui l’ont élu en 2015. Choisissez l’option que vous voulez, les deux sont vraies. Mais ni l’une ni l’autre ne devrait inquiéter le premier ministre du Canada à 22 mois de la prochaine élection.

Premièrement, parce qu’il a beaucoup de temps devant lui et puis, les partis d’opposition n’ont pas encore tous les atouts pour lui faire de l’ombre. Ce qui ne lui donne pas un chèque en blanc pour autant...

Preuve que l’on peut lire les statistiques comme on le veut, selon le point de vue que l’on adopte, la dernière lecture de l’opinion publique offre aux détracteurs comme aux admirateurs du Parti libéral de quoi se conforter à l’aube d’une nouvelle année. Les taux stratosphériques d’approbation du gouvernement Trudeau, au lendemain de l’élection du 19 octobre 2015, dépassaient les 60 %. C’était flatteur pour le gouvernement qui incarnait un vent de changement et un nouveau climat en politique canadienne. Après une décennie d’un gouvernement de Stephen Harper axé sur la crainte – du déficit, des terroristes, des taxes, etc. –, Justin Trudeau a assaini l’air d’Ottawa avec ses « voies ensoleillées » portées sur l’espoir en l’avenir et des investissements massifs dans nos infrastructures. L’un de ses premiers gestes concrets est survenu quelques jours plus tard lorsque le Canada a rejoint les pays signataires de la Conférence de Paris sur le climat (COP 21), ce que M. Harper refusait obstinément de faire.

Mais cette embellie dans l’opinion publique ne pouvait pas durer. Le sondage Nanos lui donne 37 % d’approbation. Décider fait des malheureux. 

Prenez le premier budget du ministre des Finances Bill Morneau. À 29 milliards $ de déficit, c’était trois fois plus que la promesse électorale. Rien ne justifiait un tel gouffre, présenté sans l’ombre d’un plan de redressement des finances publiques. Cela a renforcé l’idée chez leurs adversaires que les libéraux aiment dépenser sans compter. (On oublie au passage que c’est le libéral Jean Chrétien, au milieu des années 1990, qui a mis fin aux déficits historiques du Canada.)

Après le budget rouge de 2016, le gouvernement Trudeau a rompu son engagement d’une réforme du mode de scrutin et sa position sur les pipelines paraît irréconciliable avec ses professions de foi pour un monde plus vert. L’année 2017 n’a pas été plus tendre avec les soucis éthiques qui ont collé aux semelles de M. Trudeau (à propos de son voyage chez l’Aga Khan) et de M. Morneau (sur ses liens avec l’entreprise familiale Morneau Shepell). 

Nous voguons vers l’inconnu en 2018 alors qu’une bonne part de la relance économique du Canada risque de s’enrayer avec les décisions du président des États-Unis Donald Trump sur l’ALÉNA, l’Accord sur le libre-échange nord-américain. Ce n’est pas le nouveau commerce de la marijuana, à l’été, qui sauvera la donne. Et pour le reste, comment M. Trudeau gérera-t-il les inévitables problèmes qui surgissent au fil des semaines ? Il ne suffit pas de proclamer d’autres voies ensoleillées en prenant un égoportrait pour que tous les écueils disparaissent ?

Justin Trudeau a au moins la chance d’avoir des adversaires encore moins expérimentés que lui. Le « bon garçon » qu’est le conservateur Andrew Scheer grandira-t-il au rang d’un premier ministre en devenir ? Et quelle sorte d’opposition le néo-démocrate Jasmeet Singh incarnera-t-il ?

Tout ça permet au chef libéral de prendre ce dernier sondage Nanos avec calme.