Encore une fois le litige porte sur un changement de zonage pour permettre la construction d’une tour à bureaux de 20 étages à l’intersection des rues Montcalm et Wellington, là où est établi le magasin de meubles Vice Versa et des stationnements privés.

Pas comme les tours Brigil...

ÉDITORIAL / Le plus récent projet du promoteur immobilier Multivesco rappelle le long et acrimonieux débat que la Ville de Gatineau a eu avec Gilles Desjardins pour son projet Place des peuples. Souhaitons que cela ne soit pas le cas.

Place des peuples, qui incluait un projet de deux tours de 35 et 55 étages sur la rue Laurier, face au Musée canadien de l’histoire, a déchiré pendant des mois la population de Gatineau. En fin de compte, le gouvernement municipal a tenu tête au promoteur et refusé de modifier le zonage pour ce coin de Gatineau que les résidants avaient rebaptisé «Quartier du Musée».

Un an plus tard, voici la Ville de Gatineau encore une fois à couteaux tirés avec un autre des ses illustres promoteurs, Camille Villeneuve cette fois. Et encore une fois le litige porte sur un changement de zonage pour permettre la construction d’une tour à bureaux de 20 étages à l’intersection des rues Montcalm et Wellington, là où est établi le magasin de meubles Vice Versa et des stationnements privés. L’édifice doit servir principalement à accueillir des fonctionnaires fédéraux, et est estimé à plus de 100 millions $ par le promoteur. Il évoque également la possibilité que Gatineau y accueille un centre de recherche fédéral, ce qui serait une première en Outaouais.

Mais cela n’est pas un engagement ferme, ni même potentiel, ce n’est qu’un plan d’avenir qui semble ne tenir sur rien.

Il n’empêche que ce projet ne fait pas face aux mêmes obstacles que la Place des peuples de Gilles Desjardins.

Premièrement, il n’y a pas beaucoup de terrains résidentiels à proximité. C’est leur présence et le formidable tollé que les résidants ont réussi à bâtir autour d’eux, qui ont scellé l’issue du projet des tours Brigil. L’intersection Montcalm-Wellington est au coeur d’un pôle institutionnel qui n’a pas la même valeur qu’à l’autre bout de la rue Laurier. L’arrivée de centaines de travailleurs supplémentaires serait un atout à une intersection qui comprend déjà un hôtel et une tour à bureaux.

Deuxièmement, un tel édifice n’a pas le même effet que les doubles tours Brigil, coincées sur un petit pâté de terrain. Et à 20 étages, comme le demande la firme Multivesco, nous ne parlons pas de gratte-ciel comme ceux de M. Desjardins.

Troisièmement, le projet Multivesco a de meilleures chances de s’intégrer dans le tissu urbain que veut créer le Plan particulier d’urbanisme, adopté il y a moins de trois ans. Pour mémoire, il veut, d’ici un horizon 2025, attirer 10 000 résidants et créer 4000 nouveaux logements, créer un milieu de vie de qualité avec un réseau de parcs et d’espaces publics, animer le coeur du centre-ville et améliorer l’offre de déplacements actifs.

Pour cela, il faudra faire mieux que les engagements approximatifs du promoteur tels que rapportés par le conseiller Jean-François LeBlanc. Cela prend plus que des jasettes de coin de table, mais des engagements à animer des milieux de vie et de travail au-delà d’une boîte rectangulaire agrémentée de quelques sculptures, quelques places de stationnement pour le Théâtre de l’Île et d’une «présentation sur Jos Montferrand ou quelque chose comme ça».

Il faudra commencer en refusant que la Ville de Gatineau accepte un tel projet en milieu d’été. Quelques semaines de plus pourraient le bonifier par de savants ajouts, comme une alliance avec un promoteur immobilier qui pourrait ériger des logements à proximité.

Pour cela, il faut étendre la période de consultation et déplacer le vote à l’automne plutôt qu’à la fin août.