En Doug Ford, les bleus comptent sur un populiste qui devrait se révéler bien différent de son frère, feu Rob Ford, qui n’a pas redoré le blason de la droite pendant ses années à la mairie de Toronto.

Parti PC: de tout, pour tous

ÉDITORIAL / Avec Caroline Mulroney officiellement dans la course, le Parti PC de l’Ontario présente une brochette de candidats à la direction qui se complète bien. Dans un mois et des poussières, le souvenir de Patrick Brown sera d’autant plus loin... Le trio de postulants présente un éventail d’atouts qui générera des appuis dans toutes les orientations des progressistes conservateurs ontariens.

En Doug Ford, les bleus comptent sur un populiste qui devrait se révéler bien différent de son frère, feu Rob Ford, qui n’a pas redoré le blason de la droite pendant ses années à la mairie de Toronto. Plus calme, plus posé, moins fantasque, le fardeau quotidien d’une campagne à la direction et le regard scrutateur de la population confirmera ou infirmera si le populisme à la « Ford Nation » peut fonctionner en Ontario. Si les États-Unis ont pu élire Donald Trump, il ne faut pas le donner pour perdant. 

Christine Elliott est la seule voix d’expérience parmi les aspirants. Veuve du populaire ex-ministre des Finances Jim Flaherty, Mme Elliott a servi dans l’opposition de 2006 à 2015 en Ontario. Elle connaît à la fois bien sa province, la politique et son parti. Par contre, cette troisième course à la direction pourrait lui coller à la peau une étiquette de perdante. Elle a cédé contre Tim Hudak, en 2009, puis Patrick Brown, en 2015. 

Et voilà qu’une femme d’une génération différente, dans la jeune quarantaine, se lance dans l’arène. Elle porte un nom bien connu, celui de son père Brian Mulroney. Il s’agit d’un gros atout dans une course accélérée d’à peine quatre semaines ; évidemment, certains tenteront de dépeindre Caroline Mulroney avec les erreurs de son paternel. Mais les manquements à l’éthique de Brian Mulroney, teintés d’ombre, ne devraient pas l’handicaper. On se souviendra plutôt de l’ancien premier ministre comme d’un homme qui aura livré le libre-échange aux Canadiens, qui n’aura pu redresser les finances de l’État et qui, sur le plan de l’unité canadienne, aura été courageux et visionnaire, avant d’être vaincu par des forces extérieures.

Les allégations d’inconduite sexuelle qui ont écarté Patrick Brown pourraient pousser les conservateurs ontariens à se tourner vers une femme. Mme Mulroney s’inscrit dans la même quête de renouveau que M. Brown. Très vite, un mouvement au sein du Parti PC réunit des forces de plusieurs horizons et la place déjà comme favorite. Des voix sages ont vite réalisé que les conservateurs ne doivent pas gaspiller cette troisième occasion de prendre le pouvoir, après les déconfitures de Tim Hudak. Les libéraux de Kathleen Wynne sont vulnérables et ce n’est pas en présentant un Parti PC fracturé, incapable de même compter le nombre de ses membres, que les Ontariens lui feront confiance. Le parti doit aussi convertir le fiasco de la sortie de Patrick Brown en une occasion de visibilité pour présenter leur option politique et leur nouveau chef (nouvelle cheffe ?) à quelques mois de l’élection du 7 juin 2018.

Enfin, les Franco-Ontariens ont beaucoup plus que leur poids démographique dans la balance. Patrick Brown l’avait reconnu. Mme Mulroney est la seule candidate bilingue et l’unilinguisme de ses premières communications peut être mis sur le dos de l’inexpérience. Elle a vite promis de corriger le tir. Il reste à voir quel accueil elle réservera aux francophones ; elle ne doit pas rater sa chance. Elle doit apprendre vite, mais a de qui tenir : son père aussi était un néophyte politique en 1984 lorsqu’il a mis fin aux années libérales à Ottawa. Si elle triomphe dans la course à la direction, elle aura une occasion similaire de marquer l’histoire, mais à Queen’s Park.