Oui timide à Keystone XL

Le projet de pipeline Keystone XL devrait aller de l'avant. Il s'avère la moins mauvaise solution pour le transport du pétrole.
Malheureusement, ni l'industrie ni le gouvernement du Canada ne méritent la confiance des Canadiens pour le parachèvement de ce réseau de distribution principalement conçu pour le pétrole des sables bitumineux des provinces de l'Ouest.
Le gouvernement de Stephen Harper tient le même discours que les entreprises qui exploitent sa ressource. Au nom de la création d'emplois et de la croissance économique, il parle sans nuance ni préoccupation quant aux terribles effets qu'une exploitation éhontée peut avoir sur l'environnement et les écosystèmes. Il fait sentir tous ceux qui s'opposent, hésitent ou souhaitent des bémols à une exploitation à outrance comme des adversaires du progrès, des ennemis du bon sens et des avocats contre la cause du Canada.
Lorsque le chanteur Neil Young s'est prononcé avec force contre l'industrie des sables bitumineux, la semaine dernière, il a été pris comme cible par le gouvernement qui n'a vu qu'en lui un empêcheur de tourner en rond. Fidèle à ses habitudes, le gouvernement Harper s'est attaqué au messager, le discréditant sur la place publique. Ces attaques étaient indignes d'un gouvernement envers l'un de ses artistes les plus renommés.
Dans un monde idéal, le Canada ne laisserait pas sa nature être bafouée par une industrie si polluante et qui plus est, appartient de plus en plus à des sociétés étrangères (qui font cependant travailler des dizaines de milliers de Canadiens à qui ils versent de très bons salaires). Mais notre monde n'est pas idéal et il a depuis un siècle et demi développé une forte dépendance à une poignée de sources énergétiques polluantes dont les effets délétères atteignent des niveaux à la limite de la tolérance. Il est cependant impossible de mettre fin à cette dépendance sans imposer d'énormes sacrifices aux Canadiens et à tous les autres citoyens du monde qui, à divers niveaux, sont aussi accros à ces énergies fossiles. Il est impossible, en plus, d'y mettre fin sans provoquer de profonds soubresauts à l'économie des régions productrices comme l'Alberta, la Saskatchewan et Terre-Neuve et Labrador.
Un jour, la Terre aura fait la transition vers des énergies renouvelables, accessibles et fiables. Mais nous n'y sommes pas encore. Nous devons y travailler et nos gouvernements doivent être l'arbitre de tous ces intérêts parfois contradictoires entre les besoins de nos industries et usages quotidiens, d'autonomie commerciale, de préservation de la nature. C'est pourquoi il est si difficile de signer un chèque en blanc au gouvernement de M. Harper; par ses gestes et ses politiques, il ne donne l'impression que de valoriser l'économie et l'emploi dans une poignée de régions du pays, au détriment de tout le reste.
Pourtant, le pipeline Keystone XL s'avère, il faut le répéter, la solution du moindre mal. Nos réseaux de distribution sont alignés avec ceux du marché américain, notre principal partenaire économique. Keystone XL n'est qu'un maillon dans une chaîne préférable au transport sur rail entaché par la catastrophe de Lac-Mégantic. Il paraît moins périlleux à parachever que la construction d'un nouveau système d'oléoduc vers les eaux froides du Pacifique, Northern Gateway, au-delà des Rocheuses et faisant fi des dangers environnementaux et des doléances des peuples autochtones de la région.
Depuis l'élection des conservateurs, en 2006, le Canada passe pour un état voyou au plan environnemental. Au lieu de marteler l'urgence de Keystone XL sans égard aux conséquences, le gouvernement du Canada devrait l'accompagner de réglementations plus sévères de l'industrie des sables bitumineux, d'appuis au développement de technologies vertes et d'une foi renouvelée en les efforts globaux de réduction des gaz à effet de serre, notamment autour du protocole de Kyoto. Dans cet équilibre des avantages et des défauts, Keystone XL pourrait être perçu comme un complément essentiel au secteur énergétique canadien.