Bill Morneau présente les deux mesures phares de son énoncé économique.

Ottawa a perdu le déficit de vue

ÉDITORIAL / L’énoncé économique du gouvernement fédéral, à n’en pas douter, n’avait rien de semblable à l’exercice mené en Ontario, jeudi dernier.

L’énoncé économique du gouvernement fédéral, à n’en pas douter, n’avait rien de semblable à l’exercice mené en Ontario, jeudi dernier.

Celui de l’Ontario a eu l’effet d’une bombe, particulièrement dans le milieu francophone, en mettant fin à l’aventure de l’Université de l’Ontario français et celle du Commissariat aux services en français. Le tollé que cela a provoqué se fait à peine sentir, mais déjà, plusieurs font référence à la saga de l’hôpital Montfort, sauvé de la fermeture par une époustouflante prise de parole citoyenne en 1997.

Rien de cela au fédéral, même si le déficit y est plus important encore.

Alors que le ministre ontarien des Finances, Vic Fedeli, dit lutter contre un déficit de 15 milliards $, c’est pas moins de 18,1 milliards $ d’encre rouge qui afflige Ottawa.

Et alors que le premier ministre Doug Ford sabre dans les services en français, Ottawa réinvestit gaiement.

Le gouvernement de Justin Trudeau estime que sa situation économique est «forte et en croissance». À 3 %, elle s’avère la plus forte du G7. Les salaires moyens des Canadiens sont en hausse de 550 000 nouveaux emplois à temps plein, ce qui a fait baisser le taux de chômage à son plus bas niveau en 40 ans. La confiance des consommateurs est élevée. Et les bénéfices des entreprises sont plus élevés qu’avant.

Ainsi, le ministre fédéral des Finances, Bill Morneau, y est allé de deux mesures phares dans son énoncé économique.

D’abord, les manufacturiers et transformateurs pourront déduire de leurs revenus, dès la première année, leurs investissements en machinerie. Ottawa estime cet appui à 4,8 milliards $ dès 2019. Il s’agit d’une riposte aux baisses d’impôt annoncées aux États-Unis, de qui le Canada ne veut pas trop se distancer.

Et puis le gouvernement Trudeau a répondu à l’appel de détresse de la presse écrite au pays en mettant de l’avant trois mesures. Il y a d’abord une aide de 595 millions $ sur cinq ans qui prendra la forme d’un crédit d’impôt sur les salaires payés par les entreprises d’information. Il y a aussi un crédit d’impôt non remboursable de 15 % pour les abonnements aux médias canadiens en ligne. Enfin, les organismes sans but lucratif — pensez à La Presse — qui publient un journal pourront émettre des reçus d’impôt pour des dons. Évidemment, nous sommes partiaux à propos de ces mesures d’appui à la presse. Nous croyons que cela pourra aider les journaux, comme Le Droit, qui tirent le diable par la queue depuis plusieurs années en raison de la fuite des revenus publicitaires vers Google et Facebook.

Mais il y a une inquiétude à voir la désinvolture avec laquelle le gouvernement Trudeau considère la suite de déficits qu’il engrange depuis son élection en octobre 2015. Il avait été élu avec la promesse de quelques années de déficits et d’un retour à l’équilibre budgétaire en 2019, année de la prochaine échéance électorale. Il a plutôt explosé ses déficits entre 18 et 29 milliards $. Il ne voit même plus leur fin, qui se poursuivront jusqu’après le prochain mandat fédéral, en 2023. M. Trudeau ne jure que par le ratio de la dette qui, lui, est légèrement en baisse.

Nous croyons qu’il s’agit là d’un chemin dangereux. Même si le ratio est sous contrôle, cela balaie sous le tapis tous les efforts de redressement des finances publiques qui ont été faits par les libéraux dans les années 1990, et par les conservateurs, dans les années 2010. Un retour à l’équilibre devrait être mis en place. Le ratio de la dette ne serait que meilleur encore!