Danielle McCann, ministre québécoise de la Santé et des Services sociaux

Mort assistée: agir avec prudence

ÉDITORIAL / Il vaut mieux prendre deux précautions plutôt qu’une dans le débat sur l’aide médicale à mourir.

Le Québec a laissé savoir qu’il envisage étendre l’aide médicale à mourir aux patients qui souffrent de l’Alzheimer. La ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann, a dit que « le Québec est rendu à se pencher sur cette question-là ».

La ministre avance avec diplomatie sur ce terrain miné. Plusieurs Québécois sont encore contre l’aide médicale à mourir et la combattent avec férocité. Pour eux, il y va du droit sacré à la vie humaine.

Mme McCann marche sur des œufs, et elle y va avec grande prudence. Son attitude est sage.

« Il faut faire ce débat avec la plus grande rigueur », a-t-elle confié. Elle a refusé de donner son opinion personnelle, afin de ne pas teinter la question. Si elle se prononçait d’emblée pour ou contre, et que le verdict québécois était en accord avec sa position, cela pourrait faire croire qu’elle a dirigé le débat dans le sens de sa pensée.

En fermant la porte à cette demande, elle s’évite des problèmes futurs.

L’aide médicale à mourir est le fruit d’une réflexion longue de deux ans, entre 2013 et 2015, qui a notamment survécu à un changement de gouvernement. Présentée par le gouvernement du Parti québécois, sous Pauline Marois, elle a été représenté sous les libéraux. Cette rare occurrence s’avère un des témoignages du noble travail d’examen multipartite qui a été fait sous la gouverne de la députée péquiste de Véronique Hivon.

Le principe de « mourir dans la dignité » a été adopté en 2015. Cela fait tout juste un peu plus de trois ans que cette forme de mort assistée est en vigueur, et elle prouve être bien plus populaire que prévu. Entre le 10 décembre 2015 et le 31 mars 2018, soit environ 24 mois, 1632 personnes avaient reçu l’aide médicale à mourir, soit 10 fois plus qu’anticipé. Les trois quarts souffraient d’un cancer.

Le gouvernement dit attendre incessamment un rapport sur les trois ans de pratique d’aide médicale à mourir avant de réfléchir à la manière avec laquelle il pourrait l’élargir aux patients souffrant de la maladie d’Alzheimer (et autres maladies terminales connexes).

La ministre McCann ne s’aventure même pas sur « comment nous allons le faire, à quel moment nous allons le faire ».

Il s’agit d’un engagement électoral de la Coalition avenir Québec. Mais la question prend une teinte particulière avec la récente condamnation de Michel Cadotte pour avoir tué sa femme qui souffrait d’Alzheimer avancé. Ce cas diffère grandement de ceux de Nicole Gladu, lourdement handicapée, et de Jean Truchon, atteint de paralysie cérébrale, qui militent depuis des années pour qu’on élargisse la mort assistée.

Il y a des nuances profondes entre ces exemples. La première est condamnée, mais pas à une mort imminente, au sens de la loi. On pourrait alors prévoir une forme d’acceptation préalable de l’aide médicale à mourir.

Les deux autres cas relèvent des pertes de la jouissance de la vie, et ne sont même pas condamnés à une mort prochaine. Il y aura un plus large débat sur ces maladies.

Nul besoin de reprendre le travail exhaustif du comité de 2013, avec ses audiences à la grandeur du Québec. Un groupe restreint d’élus, qui fait une tournée rapide du Québec, suffira. Cela pourrait s’amorcer dès l’automne, bien qu’il n’y a pas d’urgence à régler le dossier d’ici la fin de 2019.

Chose certaine, compte tenu du caractère irréversible de l’aide médicale à mourir, il vaut mieux prendre son temps et y réfléchir deux fois plutôt qu’une.