Le Québec affiche un déficit de maintien d’actif pour l’ensemble des commissions scolaires de 3,3 milliards $, mais il peut, selon certains, se permettre de réduire de plus de 600 millions $ les taxes prélevées par les commissions scolaires et compenser celles-ci du même montant à même son budget. De l’argent que Québec n’aura pas pour remplir d’autres responsabilités. Une décision non avisée, tranche notre éditorialiste.

Moins de revenus, et plus de rénos?

ÉDITORIAL / La moitié des écoles primaires et secondaires sont dans un mauvais, voire un très mauvais état. Le portrait pourrait même empirer puisque le tiers des bâtiments n’a toujours pas été évalué selon une nouvelle grille du ministère de l’Éducation. La facture risque donc d’exploser au cours des prochaines années, mais qu’importe, libéraux et caquistes sont prêts à réduire de plus de 600 millions $ et de plus d’un milliard $ les taxes scolaires. Qui se priverait de revenus en sachant qu’il a d’importants travaux d’entretien et de rénovation à réaliser?

La députée péquiste Carole Poirier savait pertinemment jeudi qu’aucun député libéral ou caquiste ne donnerait son appui à sa motion voulant que tous les partis politiques s’engagent à rénover toutes les écoles en déficit d’entretien avant de procéder à une baisse de la taxe scolaire.

L’occasion était bonne toutefois de montrer l’incohérence de ses adversaires. Et du même coup aussi, celle des électeurs qui aiment croire que l’on peut à la fois sans problème leur promettre des baisses d’impôts et de taxes, des infrastructures bien entretenues, de nouvelles écoles et des services accrus et de qualité en éducation et en santé. De l’aveuglement volontaire de part et d’autre.

Le Québec affiche un déficit de maintien d’actif pour l’ensemble des commissions scolaires de 3,3 milliards $, mais il peut, selon certains, se permettre de réduire de plus de 600 millions $ les taxes prélevées par les commissions scolaires et compenser celles-ci du même montant à même son budget. De l’argent que Québec n’aura pas pour remplir d’autres responsabilités. Une décision non avisée.

Ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement promet d’améliorer les infrastructures scolaires. Celui de Philippe Couillard a un plan jusqu’en 2030. Malheureusement, l’expérience passée a démontré qu’il est facile de mettre ses engagements de côté en ce domaine. Lorsque l’économie ralentit et que les finances publiques en souffrent, on répare le toit qui coule, on va au plus urgent et le reste attendra. Il faut évidemment prioriser les services directs aux élèves. Qu’importe si les élèves et le personnel passent une bonne partie de leur journée dans des lieux vétustes.

«Les écoles ne sont pas adaptées à la réalité d’aujourd’hui, les infrastructures se détériorent». C’est ce que notaient les libéraux dans leur plateforme en 2003, a souligné mercredi à l’Assemblée nationale le député de la CAQ, Jean-François Roberge.

Quinze ans plus tard, le ministre Sébastien Proulx annonce la fin des écoles vétustes pour 2030. «On n’a pas, collectivement, mis les sommes aux bons endroits lorsque c’était nécessaire. Aujourd’hui, on va le faire». Vraiment?

On entendra sûrement souvent d’ici le 1er octobre que l’éducation est une priorité. Le Conseil du patronat du Québec a même suggéré vendredi d’en faire la priorité nationale. Pour qu’il en soit ainsi, l’intérêt des politiciens pour l’éducation et des écoles revampées doit perdurer au-delà de la campagne électorale.

Espérant gagner l’appui des électeurs, le Parti québécois s’engage de son côté à adopter une loi pour protéger les budgets de l’éducation du primaire au niveau postsecondaire, ainsi que ceux des services de garde éducatifs et de la protection de la jeunesse.

Le chef Lisée dit vouloir «sacraliser» l’éducation en créant une «loi anticompression», une «loi bouclier», rapportait vendredi La Presse.

Plusieurs seront sceptiques devant une telle proposition. Comme l’étaient certains lorsque la loi sur l’élimination du déficit et l’équilibre budgétaire a été introduite en 1996. Son existence a cependant forcé les gouvernements à faire des choix. Le Québec pourrait faire maintenant le choix de l’éducation.