Le Commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, n’a pas été tendre à l’endroit de Justin Trudeau, plus un apôtre de la diversité que de la dualité linguistique.

Mieux préparé que quiconque

ÉDITORIAL / « Le gouvernement ne fait pas sa job » : ces mots durs, sans équivoque, sont ceux de Raymond Théberge, le nouveau Commissaire aux langues officielles. À l’occasion d’une rencontre éditoriale au quotidien Le Droit, le Franco-Manitobain s’est révélé plus tranchant qu’annoncé.

Le poste de commissaire n’est pas une sinécure ; plusieurs ont longtemps cru en une fonction pantouflarde créée par le gouvernement fédéral dans la foulée de la Loi sur les langues officielles, en 1969. S’est développée au fil des ans cette perception qu’Ottawa s’attendait à un commissaire au travail, mais qui ne fait pas de vagues en raison de pouvoirs limités. 

À peine débarqué de son bureau de recteur de l’Université de Moncton, M. Théberge habite encore dans ses valises. Fort d’un mandat de sept ans, donnons-lui quelques mois pour faire sa place.

Chose certaine, il connaît bien la situation des communautés de langue minoritaire. Il a vécu ses premières années à Sainte-Anne-des-Chênes, à 40 km de Winnipeg. « Autour de l’église et de l’école », 1500 âmes à majorité francophone « qui a beaucoup formé ma vision ». Pas besoin de lui faire un dessin, il sait combien la vie de francophone minoritaire peut profiter du travail du Commissariat aux langues officielles. D’ailleurs, peu de titulaires du poste arrivent aussi bien préparés pour relever le défi. Il a en poche des diplômes du Collège universitaire de Saint-Boniface, et des universités d’Ottawa et McGill. Il a ainsi côtoyé les Franco-Manitobains, les Franco-Ontariens et les Anglo-Québécois, avant de se retrouver à la tête d’une des principales institutions de l’Acadie.

Il fait d’ailleurs du continuum du préscolaire-université un élément clef de son argumentaire pour stimuler les communautés minoritaires. Il souligne aussi l’immigration, mais c’est sans doute une leçon du Commissariat. L’attraction et l’intégration d’immigrants francophones sont de nouveaux enjeux majeurs pour les minorités de langue française. L’objectif de 5 % d’immigrants francophones est clairement énoncé, mais jamais atteint ; le nouveau commissaire doit justement tenir au mot ce « gouvernement qui ne fait pas sa job », exiger des comptes. 

Les universitaires ont la réputation de ne pas trop bousculer l’ordre établi. C’était la crainte après les premières entrevues de M. Théberge, à la suite de l’annonce de sa nomination. Il s’est montré timide à l’idée d’imposer des amendes à ceux qui ignorent leurs responsabilités sous la Loi des langues officielles, comme Air Canada. Pourquoi s’opposer à l’idée longuement mûrie de son prédécesseur Graham Fraser, sinon par manque de courage ?

Au Droit, sans tirer à boulets rouges sur le gouvernement libéral, il n’a cependant pas été tendre à l’endroit de Justin Trudeau, plus un apôtre de la diversité que de la dualité linguistique. Le silence du premier ministre à propos du mouvement Ottawa, ville bilingue, est éloquent, a remarqué le nouveau commissaire. Tout comme la lenteur de ce gouvernement à dévoiler son Plan d’action sur les langues officielles, après deux années de consultations. De telles mesures sont essentielles. 

Dans le coin de l’Ontario où il s’occupait d’éducation en français, le nombre d’élèves est passé « de 92 000 à 112 000 entre 2009 et aujourd’hui ». Voilà des données concrètes. Voyons comment Raymond Théberge les reproduira dans son nouveau poste. Les communautés minoritaires comptent sur lui.