Le tableau Saint-Jérôme entendant les trompettes du jugement dernier, de Jacques-Louis David

Merci Ottawa

ÉDITORIAL / L’attitude et les façons de faire du directeur du Musée des beaux-arts du Canada ont pu ces derniers jours irriter et déplaire à plusieurs Québécois. Si Québec et le Québec réussissent à conserver le tableau Saint-Jérôme entendant la trompette du jugement dernier du peintre français Jacques-Louis David, ils le devront en partie à… Marc Mayer.

«S’ils y parviennent, je dirai bravo, c’était le temps que vous vous réveillez!» 

M. Mayer a fourni cette réponse au journaliste de La Presse qui lui demandait quelle serait sa réaction si le Musée de la civilisation de Québec, avec l’aide du Musée des beaux-arts de Montréal, réussissait à amasser les fonds nécessaires pour acheter le «trésor national» qu’il convoite pour le musée d’Ottawa. Pas question pour lui de nourrir une surenchère. 

Il est temps en effet que le Québec se réveille et prenne les moyens pour conserver cette pièce sur son territoire. Le Musée des beaux-arts du Canada a beau être «à cinq minutes à pied de la quatrième plus grande ville du Québec», comme l’affirme Marc Mayer, il serait désolant qu’une œuvre appartenant depuis 1938 à la Basilique Notre-Dame de Québec quitte la province parce que la fabrique a besoin d’argent. 

Le réveil est brutal et le temps presse. Date limite : 11 juin.

Le dossier est digne d’un roman avec ses intrigues et ses personnages qui défendent leur «vocation». Il soulève maintes questions. Il est rare que le public est témoin de querelles entre musées pour la vente et l’achat de tableaux. Comment en sommes-nous arrivés là? Manque d’argent? Manque d’intérêt?

Le Musée des beaux-arts du Canada jouit d’un important budget d’acquisition. Son directeur pensait-il qu’il pouvait ainsi damer le pion au Musée de la civilisation qui possède un droit de premier refus en cas de vente de l’œuvre appartenant à la paroisse Notre-Dame de Québec?

Le Québec et ses musées ont-ils manqué d’intérêt jusqu’au jour où le risque que le tableau se retrouve à l’étranger ou chez le voisin ontarien est devenu bien réel? Tâter le marché international s’avérait-il le moyen le plus efficace pour la paroisse Notre-Dame d’attirer l’attention- et les fonds- du gouvernement, des musées et de leurs mécènes? 

Si les médias n’avaient pas fait état que le Musée des beaux-arts du Canada était prêt à se départir d’un Marc Chagall pour acquérir une œuvre mystère — le tableau de Jacques-Louis David—, s’ils n’avaient pas montré le bras de fer que se livrent les directeurs du Musée des beaux-arts du Canada, du Musée de la civilisation de Québec et la directrice et conservatrice en chef du Musée des beaux-arts de Montréal, c’est à se demander si le ministère de la Culture et des Communications serait intervenu dans le dossier. 

La ministre Marie Montpetit a finalement indiqué mardi avoir entrepris la semaine dernière des démarches pour protéger par classement patrimonial le tableau peint en 1779 et pour lequel le Musée des beaux-arts du Canada est prêt à verser les 6,3 millions$ demandés par la fabrique. Si la démarche mène à un avis d’intention de classement, la toile de Jacques-Louis David ne pourra être transportée hors du Québec sans l’autorisation de la ministre. 

Le problème demeure : qui l’achète et paie la note? Le Musée de la civilisation de Québec et le Musée des beaux-arts de Montréal prônent un partenariat pour l’achat de l’œuvre. Une position à privilégier lorsque des fonds publics sont concernés. Mais si l’apport des mécènes s’avère insuffisant, Québec devra verser la somme manquante. En ce domaine aussi, le gouvernement Couillard ne voudra pas s’en laisser imposer par Ottawa.