Elizabeth May quitte son poste de leader du Parti vert après 13 années à la barre de celui-ci.

May quitte au bon moment

ÉDITORIAL / Les appels au départ d’Andrew Scheer à la tête du Parti conservateur du Canada se multiplient... mais c’est Elizabeth May qui a annoncé qu’elle quittait son poste, hier. La chef du Parti vert tire sa révérence après 13 années à la barre, mais elle demeurera députée de Saanich-Gulf Islands, en Colombie-Britannique. Même qu’elle a promis de se représenter la prochaine fois aussi !

Mme May a surpris un peu tout le monde, mais finalement, elle a choisi le bon moment pour abandonner la direction du Parti vert. 

Le nouveau chef sera choisi en octobre 2020. C’est loin, mais cela laissera à tous amplement de temps pour mesurer leurs appuis et faire connaître leurs intentions, mais surtout, le temps de se présenter à l’électorat.

Rappelons qu’avec un Parti libéral minoritaire à la Chambre des communes, la prochaine élection fédérale pourrait survenir d’ici 18 à 24 mois.

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Elizabeth May se vante d’avoir mené son parti au-delà de la barre psychologique du million de votes. Seule élue de son parti en 2009, elle en a fait élire deux de plus cette année. Ce sont Paul Manly, dans Nanaimo-Ladysmith, en Colombie-Britannique toujours, et Jenica Atwin, dans Fredericton, au Nouveau-Brunswick. Il s’agit d’une croissance, bien sûr, mais une croissance bien trop faible pour jouer un rôle de choix aux Communes. Elle aurait dû en faire élire une dizaine. Et c’est largement de sa faute si cela n’est pas arrivé.

Au début de la campagne électorale, on chuchotait que le Parti vert et le Nouveau Parti démocratique partaient presque nez à nez. Mais elle a perdu quelques points de pourcentage dans l’opinion publique alors que le NPD, sous la direction de Jagmeet Singh, en a gagné quelques-uns, lui. Le Parti vert a terminé à 6,5 % d’appuis, ce qui est moindre que les 6,8 % que les verts avaient récoltés en 2008 !

Pourquoi ? Il y a eu tout l’épisode sur un vote libre sur la question de l’avortement. Si elle s’affiche comme pro-choix – à l’opposé de M. Scheer –, son parti ne force pas le vote de ses élus et elle ne pouvait assurer qu’il n’y aurait pas de projet de loi émanant de son parti sur l’avortement. Il y a eu aussi du flou artistique concernant la loi sur la laïcité, sur l’indépendance du Québec (et son candidat Pierre Nantel), sur l’urgence ou pas de cesser l’exploitation du pétrole des sables bitumineux, etc. Toutes ces questions auraient nécessité des consensus déjà établis, et des opinions fortes le temps venu. Ce ne fut pas le cas et c’est ce qui explique en bonne partie le recul relatif du Parti vert lors de la dernière élection.

La confusion s’est poursuivie lorsqu’elle a mentionné son intérêt pour la présidence de la Chambre des communes, la semaine dernière. Une fonction pour laquelle il faut plus de retenue que ce que Mme May a démontré jusqu’ici. La présidence n’est pas un endroit où militer pour des changements « massifs » aux politiques sur le climat et pour un régime d’assurance-médicaments. Ces idées sont louables, mais pas pour le président de la Chambre.

Enfin, le prochain chef devra être « parfaitement bilingue », a soutenu Alex Tyrrell, chef du Parti vert au Québec. Il ne croyait pas si bien dire. Le français éraillé d’Elizabeth May a écorché plusieurs oreilles depuis des années, sans espoir d’amélioration. M. Tyrrell songe à la chefferie, M. Nantel également. Mais il faudra d’autres candidats, et d’autres candidates d’envergure pour la suite du Parti vert. S’il doit jouer le rôle de choix qu’il démontre en Europe, notamment.