Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction chez Québecor

Match en vue: Bell vs Québecor

ÉDITORIAL / Le CRTC a un choix difficile à faire. Mais il doit le faire. Il doit accepter la prise de contrôle de V par le conglomérat que constitue Bell.

N’en déplaise à Québecor.

En juillet dernier, Maxime Rémillard, propriétaire de V, avouait qu’il était de plus en plus difficile d’assurer la pérennité de sa chaîne généraliste « au sein d’un groupe non intégré ». Par là, il voulait dire que V était tout seul de son côté alors que les deux autres grands réseaux du Québec, TVA et Radio-Canada, sont affiliés à de grands groupes. TVA est propriété de Québecor, un géant des médias au Québec avec ses Journal de Montréal et Journal de Québec, sa radio Internet QUB Radio, ses 40 magazines, ses chaînes spécialisées dont TVA Sports, etc. Et Radio-Canada, bien, c’est Radio-Canada.

Le canal V était tout seul dans son coin. Après des années de vaches maigres, au milieu des années 2000, il avait été acquis par M. Rémillard qui a imprimé une conversion novatrice de sa nouvelle chaîne. Mais après une dizaine d’années de propriété, il en est venu à la conclusion, devant la concentration des médias au Québec comme au Canada, qu’il lui fallait se joindre à un groupe. Comme il ne pouvait en créer un de toutes pièces, il a convenu de vendre sa station à Bell.

Bell est un énorme joueur au Canada. Il possède une centaine de radios, tout le réseau de télévision privée CTV, les réseaux sportifs TSN et RDS, etc. Il s’agit d’un énorme joueur avec des revenus de 18 milliards $, ce qui est quatre fois et demie plus que Québecor. Ce dernier est puissant au Québec tandis que Bell est présent dans tout le pays.

C’est ce que Québecor, qui s’oppose à la prise de contrôle de V par Bell, a tenté de démontrer ces jours derniers : la position dominante de Bell.

Québecor ne craint pas Bell. Il est plus concentré géographiquement et il possède tous les outils pour une solide convergence des contenus : station de télé généraliste, chaîne de nouvelles en continu, chaîne sportive, journaux, magazines, radio... sans compter Vidéotron, le câblodistributeur hyperrentable qui lui assure des entrées de devises pour payer tout maillon de son réseau qui serait légèrement défaillant. Comme ses journaux, par exemple. Le jeu de la convergence s’applique à fond : tous les maillons du réseau se nourrissent entre eux. Québecor le fait merveilleusement bien, avec les périls que cela entraîne. Le gouvernement de François Legault, qui a eu maille à partir avec le groupe Québecor, peut en témoigner.

En acquérant V, Bell met la main sur sa première station de télévision généraliste francophone. Cela peut s’avérer un coup de maître, à un coût modeste. Il restera à Bell de faire marcher la convergence comme Québecor, ce qu’il ne fait pas aussi bien. Et lorsqu’il a tenté de le faire, Bell a marché avec ses gros sabots et s’est fait rappeler à l’ordre par le CRTC. C’était dans l’espoir d’écarter TVA Sports, ce que Bell a fait pas très subtilement. Bell a payé. Il lui faudra apprendre à mieux articuler sa convergence sans pour autant boycotter les propriétés de ses concurrents. Ce qui fait dire à Pierre Karl Péladeau, propriétaire de Québecor, que Bell est « un danger public ». Mais nous pourrions dire la même chose de Québecor : qu’il paraît comme un danger public pour la diversité de l’information au Québec, tant il est concentré.

Alors pour concentration, concentration et demie.

Nous verrons bien ce que cela donnera dans le nouvel environnement des médias au Québec.