Donald Trump était attendu de pied ferme par ses alliés pour le sommet de l'OTAN

Mais il y a la manière...

ÉDITORIAL / Sur le fond, le président américain Donald Trump a raison : les pays de l’Alliance atlantique (OTAN) doivent dépenser davantage pour leur propre défense. Mais la manière qu’il y met est à ce point grossière et contreproductive qu’on ne peut s’empêcher d’y lire une profonde incompréhension des enjeux internationaux — dans le meilleur des cas.

Cette semaine, avant même d’arriver au sommet de l’OTAN qui a lieu à Bruxelles, M. Trump a (encore) trouvé le moyen d’insulter les alliés historiques des États-Unis. «Plusieurs pays de l’OTAN, qui s’attendent à ce que nous les défendions, non seulement ne respectent pas leur engagement [d’allouer 2 % de leur PIB aux dépenses militaires] mais sont aussi coupables de plusieurs années de paiements non-remis», a-t-il tweeté mardi. À peine débarqué au sommet, hier, il a accusé (sans fondement) l’Allemagne d’être «totalement sous contrôle» de la Russie.

Tout ce que dit M. Trump fait vivement réagir et cette dernière scène n’a pas fait exception à la règle, mais le fait est qu’il n’est pas le premier à évoquer ce 2 % — même s’il semble confondre les dépenses militaires nationales et le budget de l’Alliance. En 2014, lors d’un sommet de l’OTAN, son prédécesseur Barack Obama et le premier ministre britannique du temps David Cameron avaient demandé aux autres pays membres de faire leur «juste part». «Je vais être franc, des fois l’Europe a été complaisante en matière de défense», avait répété M. Obama au début de 2016.

D’autres que M. Trump — et des gens sérieux — ont fait le même constat dans le passé, et il faut admettre qu’il n’est pas sans mérite : rassurés par la présence américaine, certains pays ont réduit abusivement leurs dépenses militaires. Il n’y a pas de mal à vouloir que ça se corrige.

Mais en diplomatie, la manière de dire les choses est souvent aussi importante que le fond. Depuis quand insulte-t-on des alliés fidèles pour passer ses messages? La méthode plus douce, plus respectueuse avait pourtant commencé à porter fruit : après l’appel de MM. Obama et Cameron, les pays de l’OTAN avaient augmenté leurs dépenses militaires totales pour la première fois en 20 ans, en 2015 et en 2016. Tous ne l’ont pas fait également et plusieurs (dont le Canada) sont encore loin de la cible des 2%, mais ils se sont engagés à y arriver d’ici 2024.

En outre, l’idée que le pauvre Oncle Sam se fait exploiter contre son gré passe à côté d’un point fondamental : si les États-Unis ont tant de bases militaires en Europe (et partout dans le monde, en fait), c’est qu’ils ont calculé que c’était dans leur intérêt. Avoir une base dans une région donnée facilite d’éventuelles interventions militaires, ce qui amène une stabilité dans ladite région et y augmente l’influence politique américaine.

Il est possible, comme le supputait cette semaine l’ancien ambassadeur américain en Israël Dan Shapiro, que les insultes de M. Trump cachent quelque chose de plus délibéré qu’une simple incompréhension de la politique internationale. Peut-être ce numéro vise-t-il à faire éclater l’OTAN, de la même manière que M. Trump a saboté le dernier sommet du G7. Compte tenu de son isolationnisme notoire, ce serait logique.

Si c’est bien le cas, les prochaines années risquent d’être fort chaotiques. On parle ici d’une administration qui, dans la crise des migrants, a séparé de jeunes enfants de leurs parents sans même prévoir de mécanisme pour les rassembler. Alors on ne peut pas présumer qu’avant d’annoncer un retrait de l’OTAN, M. Trump en envisagera sérieusement les conséquences.