Jean-François Roberge, ministre québécois de l'éducation

L’Ontario, pas un bon exemple

ÉDITORIAL / À entendre le ministre de l’Éducation parler de sa réforme des commissions scolaires au Québec, on croirait que c’est l’Eldorado qui attend la population. Économies substantielles de quelque 53 millions $, instauration de « centres de service scolaires », gouvernance modernisée, réinvestissement en salle de classe, aucune perte d’emploi, davantage d’autonomie scolaire, bref, il s’agira de « la plus grande opération de décentralisation gouvernementale des dernières années », dixit le ministre Jean-François Roberge.

Il faut se garder d’applaudir des réformes ambitieuses qui ne laissent miroiter que des bienfaits. La réalité est habituellement bien plus nuancée, avec plein de couches de gris, des réussites, mais aussi, plein d’échecs.

Le ministre Roberge promet de se débarrasser des élections dans les 69 commissions scolaires, sauf pour les anglophones qui garderont leur droit de vote pour des raisons constitutionnelles. Bon an mal an, ces élections n’attirent qu’entre 5 et 10 % des Québécois aux urnes. Les économies que le ministre laisse miroiter ne représentent que 5 % des frais d’administration des commissions scolaires mais c’est vraiment une question d’argent... et de promesse électorale du gouvernement de François Legault. La démocratie scolaire a toujours été l’une de ses cibles de choix.

La Fédération des commissions scolaires du Québec prend l’Ontario en exemple pour illustrer ce que la Belle Province pourrait faire pour augmenter son taux de participation à peu près à celui de l’Ontario, soit autour de 35 à 40 %. Cette participation n’est pas faramineuse, mais comparée à celle du Québec, cela lui donne un lustre envié. Comment l’Ontario s’y est-elle pris ? Elle a simplement déménagé le vote scolaire en même temps que les élections municipales. Le Québec maintient une journée de vote séparée, avec le résultat que l’on sait.

Mais l’exemple de l’Ontario est-il vraiment à suivre ?

La participation aux élections scolaires ontarienne est trompeuse et artificiellement grossie. Les électeurs cochent leur bulletin de vote sans trop savoir vers qui ils jettent leur dévolu. C’est devenu une question de popularité où le candidat le plus connu est plébiscité.

Les électeurs reçoivent plusieurs bulletins, le jour du vote. Vote pour la mairie, pour le conseiller municipal, pour le conseiller scolaire. Évidemment, l’élection d’un maire génère le plus d’intérêt. Dans certains quartiers, la course à l’élection d’un conseiller est féroce, mais pas partout. Plusieurs sont réélus sans opposition, ou facilement, contre un candidat négligé. Toute l’attention des électeurs est polarisée sur ces deux élections. Il ne reste plus d’espace, ni d’intérêt pour l’élection scolaire.

Les enjeux qui touchent le milieu scolaire ont toujours leur importance, mais sont totalement escamotés sauf pour les électeurs plus avisés. Et ils représentent... à peine plus de 10 % de l’électorat. Environ le même taux que la participation aux élections scolaires du Québec.

Comment donc stimuler l’intérêt pour les élections scolaires ? Cela est difficile à dire.

Une revalorisation du rôle de conseiller scolaire serait un bon départ. Tenir les élections à date en même temps que les élections municipales n’est pas une solution viable. Par-dessus tout, il faut des enjeux, car ce sont eux qui suscitent l’attention des électeurs et des parents. Plus de 10 milliards $ sont investis au Québec pour assurer l’éducation de plus de 800 000 enfants.

Une énorme somme dépensée dans une obscurité à peu près totale. Voilà le talon d’Achille du réseau scolaire, et réformer ses structures peut être un coup d’épée dans l’eau.