Alors que le monde entier est impliqué dans l’un des grands défis de son histoire, ce n’est pas le temps d’ergoter sur lequel de deux, quatre ou six candidats feraient le mieux l’affaire pour être à la tête d'un parti politique.

L’impossibilité des courses électorales

ÉDITORIAL / Les trois partis qui se retrouvent en pleine course à la direction doivent y mettre fin immédiatement, tout simplement parce que personne n’a la tête à ça.

Le Québec, le Canada et toute la planète sont aux prises avec la pandémie de COVID-19. Alors que le monde entier est impliqué dans l’un des grands défis de son histoire, ce n’est pas le temps d’ergoter sur lequel de deux, quatre ou six candidats feraient le mieux l’affaire.

D’ailleurs, chapeau au Parti libéral du Québec qui, le premier, a vu l’ironie de cette question. Le PLQ a placé le holà sur la course entre Dominique Anglade et Alexandre Cusson, les deux prétendants à la couronne libérale. C’était la seule chose à faire.

Il appert que le Parti québécois s’apprêterait lui aussi à stopper sa course à la direction : une décision était attendue vendredi soir à ce sujet. Espérons qu’ils auront vu le sens de la raison. Ce n’est pas le moment de décider qui de Frédéric Bastien, Sylvain Gaudreault, Guy Nantel ou Pierre-Paul Plamondon ferait le meilleur timonier du PQ, alors que l’on ignore ce qu’aura l’air le lendemain de la planète. Personne ne veut discuter de l’empressement à déclencher un éventuel référendum, même virtuellement. Dans le présent contexte, cela n’a aucun sens.

Si les deux partis du Québec ont vu la lumière, vendredi, nous ne pouvons en dire autant du Parti conservateur du Canada. Il a martelé, pas plus tard que lundi dernier, qu’« en tant que parti d’opposition officielle du Canada, nous avons un rôle important à jouer en matière de démocratie. Nous devons à la population […] d’élire le chef ou la cheffe […] dans les délais que nous avons annoncés. » C’est ce que disait le directeur des communications du parti, Cory Hann.

À tout le moins, le PCC apportera certains aménagements à sa campagne. Les débats des candidats, prévus les 17 et 23 avril, ne se tiendront pas devant public. Mais les candidats devront y être, incluant Rudy Husny, qui a fustigé le Parti conservateur, cette semaine, devant son refus de suspendre la course au leadership.

« Je n’ai pas le cœur d’appeler nos membres pour leur demander d’appuyer ma nomination et de financer ma campagne durant cette crise nationale », avait dit M. Husny. Il s’est finalement retiré, jeudi.

La politique, c’est aussi une affaire d’argent et là-dessus, le PCC ne rate pas sa cible. Après avoir exigé 25 000 $ à tous ses candidats, ils doivent payer 150 000 $ de plus au plus tard le 25 mars pour confirmer leur présence.

Une autre candidate, Marilyn Gladu, a aussi demandé la suspension de la course. Par contre, les deux meneurs présumés, Peter MacKay et Erin O’Toole, poursuivent leur campagne, quoique de manière plus discrète.

Trois autres candidats se disputent la couronne : Leslyn Lewis, Jim Karahalios et le député Derek Sloan.

La candidature de Rudy Husny est négligeable, dans les circonstances. Mais ce qu’il maintenait avait du sens. MM. MacKay et O’Toole ne perdraient rien à suspendre leur course. Il faut leur faire entendre raison.

Les Canadiens ont la tête ailleurs, ces semaines-ci. Nous comprenons l’urgence pour le Parti conservateur du Canada de se trouver un nouveau chef, alors que le gouvernement est minoritaire et pourrait chuter à n’importe quel moment. Mais les priorités du pays devancent celles du parti : le PCC, comme le Parti libéral du Québec, doit suspendre sa course à la direction.