L’importance des préliminaires

ÉDITORIAL / Le ministre de l’Éducation a raison à propos de l’éducation à la sexualité à l’école. «À un moment donné, il est temps que ça se fasse». Sébastien Proulx maintient donc le cap sur la prochaine rentrée scolaire. Pour que l’implantation se réalise avec succès et pour s’éviter des critiques en pleine campagne électorale, le ministre aurait toutefois intérêt à ne pas ignorer la récente mise en garde des enseignants.

C’est le jour de la marmotte en éducation. Le ministre pousse l’implantation de nouveaux apprentissages, fixe un échéancier et jure que tout est en place, y compris le financement, pour y arriver. De leur côté, les syndicats d’enseignants font une lecture différente. Ils réclament un report estimant ne pas avoir encore la formation et le matériel nécessaires.

Du déjà-vu. Peut-on cette fois sortir de cette dynamique, éviter un mauvais départ et mettre toutes les chances de notre côté pour que le retour à l’éducation à la sexualité à l’école soit positif et non une autre occasion manquée?

Tous s’entendent — ministère et syndicats d’enseignants — pour dire qu’il est nécessaire et urgent de ramener l’éducation sexuelle à l’école primaire et secondaire. Tous s’entendent aussi pour reconnaître qu’elle n’aurait pas dû être  abandonnée — ou diluée — en 2006.  

Québec a présenté l’éducation à la sexualité comme sa mesure phare pour contrer le harcèlement et les agressions sexuelles. Si le ministère de l’Éducation échoue à remplir sa part d’engagement, ça augure mal pour le reste.

À la députée péquiste Carole Poirier qui soulignait jeudi dans une phrase à double sens que «l’éducation à une saine sexualité ce n’est pas la matière la plus forte chez les libéraux», M. Proulx a répliqué que son ministère assumait ses responsabilités.

La veille, en réplique à la sortie de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), son ministère indiquait que 44 commissions scolaires et 32 établissements d’enseignement privé ont déjà été formés et que d’autres périodes de formation sont prévues, que 200 écoles offrent l’éducation à la sexualité durant la présente année scolaire et que 19 écoles ont participé à des projets pilotes depuis 2015. Des chiffres qui ne rassurent pas totalement. Le Québec compte 72 commissions scolaires, plus de 2300 écoles publiques primaires et secondaires et 193 établissements privés.

Il faudra que tout roule rondement d’ici la rentrée pour que tous les jeunes aient devant eux en septembre une personne qui saura transmettre la matière de façon appropriée. Ce n’est pas parce que l’éducation à la sexualité n’est pas un cours en bonne et due forme prévu dans la grille-matières que celle-ci peut être dispensée à la légère et dans l’improvisation.  

Certes, comme le souligne le ministre, les commissions scolaires peuvent confier la tâche à des professionnels (sexologue, travailleur social, psychologue, infirmière). Le nombre de professionnels a malheureusement tendance à diminuer lorsqu’un gouvernement compresse les dépenses en éducation. Veillons à ce que les enseignants soient prêts à prendre la relève.

La FSE souhaiterait de plus que ses membres puissent compter sur un professionnel lorsque des sujets plus sensibles seront abordés, notamment les agressions sexuelles. Leur demande n’est pas farfelue.

Il est difficile de trouver l’approche juste, de définir, de dénoncer, de lutter contre le harcèlement et les agressions sexuelles. Si le personnel chargé de l’éducation à la sexualité maîtrise mal ce qui est flirt, consentement, harcèlement et agressions, si le premier conseil à une jeune fille ou un jeune garçon qui se dit victime d’harcèlement ou d’agression est de lui conseiller de se taire, le mouvement #moiaussi n’aura jamais de fin.