Le premier ministre élu de l’Ontario n’a jamais caché son opposition aux sites d’injection supervisée.

Les sites, un service essentiel

ÉDITORIAL / À peine lancés, les sites d’injection supervisée de l’Ontario sont maintenant à risque depuis que Doug Ford a été élu.

Le premier ministre élu de l’Ontario n’a jamais caché son opposition à ces sites d’injection.

« Je ne crois pas en ces sections d’injection supervisée, comme je les appelle, a-t-il commenté pendant la campagne électorale. Si votre fils, votre fille ou être aimé avait une dépendance, voudriez-vous qu’ils se rendent dans un lieu pour prendre plus de drogues ? Je suis contre ça.

«Je crois plutôt en supporter les gens, à les aider.»

Il y a quatre sites d’injection supervisée à Ottawa. Il y en a quatre aussi à Toronto, plus cinq sites temporaires. Il y en a sans doute dans d’autres villes de l’Ontario. Ces sites permettent de diminuer la propagation de maladies transmissibles par des aiguilles souillées. Ils permettent aussi de réduire les décès par surdose d’opioïde. Le seul centre de la rue Clarence a reçu 906 visites en mai, un nombre qui est en croissance.

Ces sites sont financés par la province de l’Ontario, et l’élection de Doug Ford met en péril cet arrangement financier. Cela ne doit pas être : à tout le moins, le gouvernement du Parti progressiste-conservateur doit étudier cette mécanique et doit la poursuivre jusqu’à ce qu’il ait proposé un nouveau système qui protégera les usagers contre eux-mêmes.

Entre temps, M. Ford a de nombreux autres chats à fouetter. Comme celui de trouver des économies à hauteur de 6 milliards $ dans l’appareil gouvernemental de l’Ontario. Cette tâche, considérable, devrait l’occuper pour plusieurs mois. Il a déjà commencé son ménage en annonçant un gel des embauches dans la fonction publique, hors des services de première ligne. Hier, il a mis fin au Fonds vert de l’Ontario, qui aidait les contribuables à payer des thermostats «verts» et autres appareils du genre.

Il y a plusieurs autres initiatives du genre que le gouvernement de M. Ford peut réviser avant de s’en prendre aux sites d’injection supervisée. Et puis, ces sites ne coûtent pas cher : moins de 1 million $ chacun par année. Il y a des économies plus substantielles à générer ailleurs.

Comme lui a conseillé l’élu municipal Mathieu Fleury, «je lui demanderais de prendre du recul d’être prudent, de consulter les communautés.»

M. Fleury compte trois des quatre sites d’injection d’Ottawa dans le secteur qu’il représente, Rideau-Vanier. Il est également membre de Santé publique Ottawa.

Le conseiller Fleury a rappelé que «personne ne veut de sites d’injection supervisée. Est-ce qu’on veut que les gens continuent de consommer ? Absolument pas. Mais si quelqu’un est pour consommer, j’aime mieux que ce soit dans un tel centre.»

La population ontarienne a un mandat bien réel, bien concret sur ce sujet. Les sites d’injection supervisée paraissent comme des plaies béantes de notre impuissance en ce qui concerne la consommation de drogues dures. Ils donnent l’impression de favoriser, en quelque sorte, la consommation. Et les statistiques sont effarantes. Mais il faut regarder au-delà de certaines statistiques et apprécier le travail d’accompagnement qui y est fait, appuyer le travail de conviction, lent et discret, mais qui existe malgré tout, à décourager la consommation de ces drogues dures.

Certes, nous ne l’éliminerons jamais, et il y aura d’autres calamités, d’autres «accidents» qui remettront en question nos choix de société. Ces décisions valent plus que le simple constat, primaire et élémentaire, que ces sites d’injection supervisée sont des lieux qui encouragent la consommation. Voilà le genre de conclusion rapide et superficielle contre lesquelles Doug Ford doit se prémunir.