Au début du mois, l’Organisation des Nations Unies a exhorté les États-Unis à cesser de séparer les enfants de leurs parents arrêtés après avoir passé clandestinement la frontière avec le Mexique. En vain.

Les États sans cœur

ÉDITORIAL / Il existait déjà une multitude de raisons pour se désoler et dénoncer les méthodes de Donald Trump. La façon dont il traite les familles de migrants en imposant une séparation des parents et des enfants est cependant la plus ignoble et la plus indigne des États-Unis.

Lorsque des républicains, Melania Trump, l’épouse du président, et une ancienne première dame, Laura Bush, jugent nécessaire d’exprimer à leur tour leur malaise et leur désaccord à ce que les États-Unis divisent les familles de migrants interceptées à la frontière du Mexique, le président républicain doit se raviser. Faire preuve d’humanisme, se mettre dans la peau des parents qui ont fui la violence du Honduras, du Salvador, du Guatemala avec leurs enfants. Cesser d’appliquer rigoureusement et bêtement, comme c’est le cas depuis mai, la politique de tolérance zéro en matière d’immigration illégale.

S’il persiste, c’est la démonstration que Donald Trump est assez égocentrique, assez machiavélique, assez insensible pour utiliser les enfants de migrants comme outil de négociation pour forcer les démocrates à aller dans la direction qu’il souhaite en matière d’immigration et réussir à faire financer son fameux mur qui devrait rendre le pays plus sécuritaire. La preuve que son programme politique passe avant le bien-être d’enfants innocents et que les riches États-Unis ne sont plus une terre d’accueil. 

Au début du mois, l’Organisation des Nations Unies a exhorté les États-Unis à cesser de séparer les enfants de leurs parents arrêtés après avoir passé clandestinement la frontière avec le Mexique. En vain.

Lundi, l’ONU est revenue à la charge. Elle juge la pratique américaine inadmissible et cruelle. Le haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’homme appelle les États-Unis à la stopper immédiatement et à ratifier la convention relative aux droits des enfants.

Qu’a trouvé à faire Donald Trump? Rédiger un «tweet» pour donner une leçon à la chancelière allemande Angela Merkel qui a, selon lui, mal géré la question migratoire. «Le peuple allemand est en train de se retourner contre ses dirigeants alors que l’immigration secoue la coalition déjà fragile de Berlin. La criminalité en Allemagne est très en hausse. Grosse erreur dans toute l’Europe que de laisser entrer des millions de personnes qui ont si fortement et violemment changé leur culture.»

Une façon pour Trump de dire aux Américains et aux organisations civiles que l’approche de leur pays a peut-être des failles, mais qu’elle les préserve d’un plus grand fléau. Le président se demandait d’ailleurs lundi pourquoi personne ne dénonce les meurtres et les crimes commis par les «gangsters» qui entrent illégalement aux États-Unis. Il a pris soin également de préciser qu’il ne laissera pas son pays devenir un «camp pour migrants» et un «centre de rétention pour réfugiés».

Qui croit vraiment le président lorsqu’il se dit attristé par le sort réservé aux migrants et à leurs enfants? Il ne les voit pas, il est indifférent à ces migrants criminalisés et détenus dans des prisons, à leurs enfants de tous les âges placés dans des enclos grillagés, hébergés dans d’anciens Walmart, traumatisés d’être privés de leurs parents dans un pays inconnu.

Selon le procureur général Jeff Sessions, ce sont les parents qu’il faudrait blâmer. «Nous ne pouvons pas et n’allons pas encourager les gens à amener des enfants en leur donnant une vaste immunité face à nos lois». Quelle insensibilité et quelle démagogie.

Ce n’est pas un crime de fuir la violence, de préférer l’exil et de vouloir offrir un milieu de vie plus sécuritaire et plus harmonieux à ses enfants. Avoir du cœur et faire respecter ses lois et ses frontières n’est pas incompatible.