Amanda Simard est devenue, le temps de le dire, le visage de la contestation des franco-ontariens.

Les coupures ont marqué 2018

ÉDITORIAL / L’année 2018 fut fertile en émotions. Avec des élections provinciales au Québec et en Ontario, nous aurions l’embarras du choix pour notre sélection de l’événement de l’année 2018.

François Legault a mené son parti vieux de sept ans, la Coalition avenir Québec, au pouvoir. Il s’agit d’un tour de force incroyable qui misait sur le fait que les Québécois tourneraient le dos au vieux dilemme séparatisme-fédéralisme. L’avenir nous dira si sa victoire était le fruit du hasard, coïncidence d’un Parti libéral usé par 14 années de pouvoir presque sans interruption et d’un Parti québécois qui se cherche un chef et une mission depuis 10 ans.

En Ontario, Doug Ford est sorti de nulle part pour ravir la direction du Parti progressiste-conservateur, puis prendre le pouvoir. Patrick Brown avait démarré l’année à la tête de son parti, mais a vite été déraillé par des accusations de malversation sexuelle dont il s’est libéré. Il a perdu le Parti PC entretemps, et a profité des élections municipales pour ravir la mairie de Brampton, en octobre.

Populiste de droite, M. Ford s’est lancé dans une série d’annonces prévisibles comme la fin de la taxe carbone et du Plan vert, ainsi que la réforme d’Hydro Ontario.

Mais c’est avec son Énoncé économique, déposé le 15 novembre, qu’il a déchaîné des forces insoupçonnées en Ontario. Sa décision de mettre fin au financement de l’Université de l’Ontario français et au Commissariat aux services en français a provoqué une onde de choc dont il ne s’est pas encore remis.

Cet événement constitue notre événement de l’année 2018.

Il croyait que ces décisions passeraient comme du beurre dans la poêle. En les enterrant à la fin de son communiqué, il était visiblement d’opinion que les Franco-Ontariens encaisseraient le choc sans mot dire, ou presque. Ses cibles étaient bien choisies. L’Université de l’Ontario français, si elle a une existence légale, n’a pas reçu ses premiers étudiants encore. Et le Commissariat aux services en français, dirigé par François Boileau depuis sa fondation il y a 12 ans, s’avère une création administrative relativement obscure. Il est bien connu des forces vives de l’Ontario français, mais il est pas mal inconnu du grand public. Ces deux objectifs de coupure avaient peu de chance, en apparence, de résister aux desiderata du gouvernement.

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario a réagi très fortement. Il s’agissait d’un affront, disait-elle. Mais elle a l’habitude de réactions épidermiques et il fallait les convertir en mouvement de protestation plus solide, mieux organisé. C’est alors que leur est tombé un cadeau du ciel en Amanda Simard. La jeune députée de Glengarry-Prescott-Russell, une recrue à 29 ans, était la seule francophone du caucus conservateur. Après une semaine de réflexion, elle s’est rangée du côté de sa communauté franco-ontarienne, et a vite quitté les conservateurs. Mme Simard est devenue, le temps de le dire, le visage de la contestation. Ce qui est bien, car l’AFO en avait drôlement besoin. Son président, Carol Jolin, s’avère efficace, mais côté communications, il ne dispose pas des outils d’Amanda Simard dont l’entêtement se fait plus marquant. D’une certaine manière, elle prend la relève de Gisèle Lalonde, figure de proue de SOS Montfort, en 1997.

Entre temps, le gouvernement a reculé un peu, mais pas suffisamment. La contestation judiciaire s’organise autour des avocats Ronald Caza et Mark Power. L’influence du fédéral se fait sentir par l’offre de la ministre de la Francophonie, Mélanie Joly, de contribuer financièrement au démarrage de l’Université de l’Ontario français. L’organisation se met en place pour un long combat.

Non, décidément, cette affaire n’est pas terminée.