Doug Ford et son gouvernement jouent sur les mots.

L’entourloupette conservatrice

ÉDITORIAL / Ce n’était pas écrit dans son programme électoral, mais c’était écrit dans le ciel. À presque 2 milliards $ par an, le programme d’aide pour les frais d’études pour les universités et collèges de l’Ontario allait se retrouver dans le collimateur à un moment donné. C’est arrivé jeudi.

Le gouvernement progressiste-conservateur s’est vanté qu’en offrant une baisse générale de 10 % pour tous les étudiants du post-secondaire, il leur promettait la plus « historique » des réductions de droits de scolarité de l’histoire.

Doug Ford et son gouvernement jouent évidemment sur les mots.

Les libéraux de Kathleen Wynne avaient mis en place une mécanique par laquelle quelque 185 000 étudiants du post-secondaire ne paieraient pas de frais d’étude. Sur papier, ces élèves étaient choisis en fonction de leurs besoins financiers et le revenu modeste des parents.

Les conservateurs optent plutôt pour une baisse généralisée de 10 % qui profitera aux quelque 800 000 étudiants du post-secondaire dès l’année 2019-2020. Par la suite, ils prévoient un gel des frais pour l’année 2020-2021.

Les frais d’études en Ontario sont déjà les plus élevés du Canada à plus de 6500 $ par an, auxquels coûts il faut ajouter les livres et le matériel scolaire, les frais afférents, le transport et le logement. Ces derniers frais font plus que doubler la facture globale aux étudiants.

En campagne électorale, les conservateurs de l’Ontario avaient gardé le silence sur toute la question des frais d’études post-secondaires. Il fallait quand même s’attendre à une initiative robuste de M. Ford et de son équipe. Dans un rapport dévoilé en décembre dernier, la vérificatrice générale Bonnie Lysyk avait laissé entendre que l’engagement libéral coûtait 50 % plus que prévu en aide financière. Elle avait chiffré la dépense à 650 millions $ de plus que l’ancien système de prêts et bourses. Ces déboursés allaient aider des étudiants dont on ne savait pas vraiment s’ils avaient besoin de l’aide de l’Ontario, ou des étudiants « matures » (qui ont quitté les études pendant plus de quatre ans) qui se qualifiaient pour de l’aide financière même si leurs parents étaient fort à l’aise.

Comme ce gouvernement se dit près de ses sous — il combat un déficit de plus de 12 milliards $ —, ces millions engagés par le gouvernement précédent paraissaient comme un fruit mûr, prêt à cueillir. Nous ne parlons pas de 650 millions $ d’économies directes et automatiques, mais ce sera quelques centaines de millions assurément.

Évidemment, l’Ontario ne pouvait juste couper l’aide financière à tous les étudiants. Dénicher ceux qui avaient réellement besoin d’aide serait une tâche ardue... même les libéraux n’avaient pas été en mesure de le faire. Les troupes de Doug Ford ont donc conclu avec une baisse générale de 10 % pour l’an 1, et un gel pour l’an 2. Nous verrons bien à combien se chiffreront les frais d’études par la suite, mais nous pouvons déjà prévoir qu’il y aura une hausse au moins égale au coût de la vie. Probablement davantage, car la baisse de 10 % ne matérialise pas comme par magie. Elle sera le résultat de ponctions équivalentes dans les budgets des universités et des collèges. Pour les 20 universités de l’Ontario, le gouvernement estime la somme à 360 millions $, et 80 millions $ pour les 24 collèges.

Comme quoi il n’y a pas de réelles économies dans cette annonce. Ce n’est qu’un déplacement d’argent, en fonction des priorités du gouvernement Ford. À vous de décider quel système vous préférez.

L’entourloupette libérale ou l’entourloupette conservatrice ?