Pendant des années, Jonathan Bettez a fait l’objet de sérieux soupçons d’être le meurtrier de Cédrika Provencher.

L’enfer de Jonathan Bettez

ÉDITORIAL / Pendant des années, Jonathan Bettez a fait l’objet de sérieux soupçons d’être le meurtrier de Cédrika Provencher. Il était le principal suspect dans cette sordide affaire qui a tenu la Sûreté du Québec et la population québécoise en haleine pendant une décennie. En fait, il était le seul suspect du meurtre sordide de cette enfant de 9 ans. La police provinciale a multiplié les opérations de filature à l’endroit de M. Bettez, discrètement d’abord, puis de façon intensive à partir de 2009, et de plus belle dès 2016, toujours dans l’espoir de l’écrouer.

Plus le temps filait, plus le mystère entourait la disparition de la fillette. Et plus les attentes augmentaient sur les épaules de la Sûreté du Québec pour qu’elle trouve enfin un coupable.

En 2009, cela faisait déjà deux ans que la petite Cédrika s’était volatilisée sans laisser de trace, hormis son vélo abandonné au coin d’une rue de son quartier. La population demandait un dénouement.

À ce moment-là, tout indique que la Sûreté du Québec n’a plus qu’une seule piste, celle de M. Bettez. Il a deux éléments contre lui : son auto... et il n’a aucun alibi.

L’enquête sur l’imprimeur de Trois-Rivières s’est alors métamorphosée en gigantesque opération où tel un lasso, les forces de l’ordre espéraient que le nœud coulant prendrait le cou de M. Bettez pour l’immobiliser une fois pour toutes. La SQ échafaude alors une opération Mr. Big, où elle échafaude un scénario où M. Bettez remportera un faux concours, un séjour de golf à Mont-Tremblant, au cours duquel elle espère obtenir des aveux. Tous les gens significatifs que Jonathan Bettez croise au cours de ce séjour sont des policiers. L’opération durera 13 mois... et restera bredouille.

En 2015, on découvre les ossements de la fillette dans un boisé de Trois-Rivières. M. Bettez demeure le principal suspect et est surveillé à distance. La SQ s’y remet et installe des caméras dans les maisons de proches et de membres de la famille du suspect. Elle épie ses conversations.

L’année suivante, Jonathan Bettez est arrêté et accusé de possession de pornographie juvénile. Le procès, intensément médiatisé, stigmatise encore davantage M. Bettez et sa famille même si les faits qui lui sont reprochés n’ont rien à voir avec le meurtre de Cédrika Provencher. Mais il sera blanchi en octobre 2018. Plus de 11 ans après le début de l’enquête.

Au cours de son procès avorté, Jonathan Bettez apprend l’ampleur de la filature dont il a fait l’objet. L’entreprise familiale Emballages Bettez où il travaillait a été vendue, les clients fuyaient la mauvaise publicité associée à son nom. La famille a perdu beaucoup dans l’affaire. Sans compter le déshonneur dont des citoyens les taxent, lançant des œufs sur la propriété, etc. Jonathan Bettez, lui, en est réduit à vivre de l’aide sociale.

On ne s’étonnera pas que lui et sa famille poursuivent la Sûreté du Québec. Pour 10 millions $. L’objectif premier : que la SQ explique pourquoi elle s’est acharnée sur lui, alors qu’il clamait son innocence.

L’affaire rappelle le 10,5 millions $ en compensation versés à l’enfant-soldat Omar Khadr, longtemps emprisonné à la prison de Guantanamo.

Mais c’est très différent, même si le montant demandé est similaire. M. Khadr était impliqué dans la guerre en Irak, il aurait tué un soldat américain. Jonathan Bettez a fait l’objet d’une enquête assidue, mais erronée.

Sa vie a été brisée par les soupçons que la SQ a laissé peser sur ses épaules. Il sera intéressant de voir si le tribunal penchera en sa faveur.