François Legault

Legault et ses rêves doux-amers

ÉDITORIAL / La Coalition avenir Québec a fait un feu d’artifices de son congrès baptisé «Pour une économie verte», en fin de semaine. La présence du militant Dominic Champagne, qui avait acheté sa carte de membre du parti (pour mieux l’influencer de l’intérieur, a-t-il dit), a été un couronnement.

Notoirement discret sur la question de l’environnement, le chef François Legault opère ce qui apparaît comme un revirement total de vision à ce sujet. Il s’est engagé, entre autres, à réduire la consommation québécoise de produits pétroliers de 40 % d’ici 2030, notamment en électrifiant les transports et en éliminant le mazout des édifices publics du Québec.

Sur le plan du transport personnel, il poursuivra les aides de l’État aux consommateurs qui voudront s’acheter des véhicules moins énergivores, et à doter le Québec de 2500 bornes de recharge d’ici la fin de 2020. Au niveau du transport collectif, il a endossé sept projets dans tous les coins du Québec : le Réseau électrique métropolitain, le métro de Montréal, un tramway pour Québec, même un réseau de transport sur rail pour Gatineau !

Son intérêt à exporter l’électricité du Québec, au Canada comme aux États-Unis, est bien connu. Le parti a proposé la mise en oeuvre d’un programme de retrait des sacs plastiques à usage unique.

Toutes ces initiatives, très vertes, sont applaudies. Si elles sont toutes mises en place correctement, elles auront un impact certain sur les changements climatiques. Sera-ce suffisant ? On peut en douter mais, bon, c’est plus qu’un excellent départ pour M. Legault, dont les deux chevilles ouvrières de son implication politique sont le nationalisme et le développement économique, plutôt que l’environnement. On l’a souvent entendu fixer son objectif de créer davantage de bons emplois pour les Québécois. Il n’a jamais milité pour lutter contre l’étalement urbain...

D’ailleurs, sa proposition pour un troisième lien au-dessus du fleuve Saint-Laurent, à Québec, favorisera l’étalement urbain et encore, pour des raisons hautement discutables. C’est encore plus vrai à propos du complexe de liquéfaction du gaz naturel, à Saguenay, pour lequel M. Legault et son gouvernement sont en accord.

Ces deux projets vont à l’encontre des visées vertes de François Legault.

Cela n’est pas sans rappeler Justin Trudeau et son gouvernement libéral à Ottawa. Lui aussi militait pour une administration plus verte, bien plus verte en fait que la Coalition avenir Québec. Son passage au Sommet de Paris, la COP 21, dans les jours qui ont suivi son élection en 2015, laissait poindre le gouvernement le plus vert jamais élu au fédéral. Cela s’est pas mal évaporé avec l’achat du pipeline Trans Mountain pour 4,5 milliards $, au printemps 2018. Depuis, M. Trudeau patine dans la gadoue dans l’espoir de démontrer qu’il est vert malgré cette transaction. Un réel noeud gordien...

C’est ce que doit éviter François Legault. Pour le moment, il traverse encore sa lune de miel avec les électeurs du Québec qui refusent de regarder dans les yeux les dilemmes de l’administration de la Coalition avenir Québec. Comme si l’on croyait que la CAQ pourrait appuyer le projet GNL Saguenay et le troisième lien et concrétiser ses nouvelles vertus environnementales.

À un moment donné, ça finira bien par coincer, tous ces rêves contradictoires. Comme Justin Trudeau au début de son mandat, la population rêve encore. Un jour, il faudra bien s’ouvrir les yeux.