Les 13 stations qui s’égrènent sur 12,5 km de voies ferrées sont toutes prêtes. Ce sont les wagons du train qui posent problème.

Le triste film du train léger

ÉDITORIAL / Cela devient un mauvais spectacle de ridicule. Pour la quatrième fois, la date de lancement du train léger à Ottawa est repoussée. Le pire, c’est que le Groupe de transport Rideau (RTG) ne peut même pas avancer une date qui ne serait pas aléatoire, ou tirée d’un chapeau.

Les autorités municipales ne savent plus à quel saint se vouer.

La conseillère Diane Deans a recommandé que soient réduits les frais mensuels des usagers. Le maire Jim Watson, qui n’est pas plus heureux qu’elle, a reconnu que c’était impraticable. Ses collègues Jan Harder et Tim Tierney se sont demandé s’il y avait une solution de rechange pour... septembre. Nous en sommes là, à se demander si le train léger sera au rendez-vous dans trois autres mois.

Rappelons que le train léger a franchi... une année de retard le 24 mai dernier.

Au début, ça allait. Il y avait le gigantesque trou provoqué par un glissement de terrain voisin d’où les travailleurs creusaient, au coin de la rue Rideau et de la promenade Sussex. C’était à l’été 2016. Il était compréhensible que dans un chantier d’une telle ampleur, qui coûtait 2,1 milliards $, qu’on se soit fourvoyé de quelques mois sur la date de remise du train léger. La date du 2 novembre 2018 fut arrêtée et tout le monde s’en est allé à ses affaires, raisonnablement satisfait, mais avec un peu de réserve dans la voix.

Quand novembre est arrivé, le maire Watson aurait dû être en furie, avions-nous suggéré en éditorial. Était-ce à cause des élections municipales, il n’a paru que contrarié de la nouvelle que le train léger serait livré « au premier trimestre de 2019 ». Puis le 31 mars 2019 est venu... et passé. On a parlé du mois de juin, et nous sommes en plein dedans. Avec deux semaines de tests sans problème que doit passer RTG, puis un mois complet de tests supplémentaires que doit certifier la Ville d’Ottawa, nous naviguons dans le plus sombre des échéanciers. C’est pourquoi RTG ne répond plus.

Les 13 stations qui s’égrènent sur 12,5 km de voies ferrées sont toutes prêtes. Ce sont les wagons du train qui posent problème. Un train réalisé par Alstom.

Il subsiste toujours des problèmes de portes qui ne ferment pas comme il faut. Le correctif prendra du temps compte tenu du nombre élevé de portes et des prouesses techniques à faire pour changer la pièce défectueuse. Et un problème de valves dans le système de freinage subsiste toujours.

Le maire Jim Watson a demandé une rencontre d’ici deux semaines avec le patron d’Alstom, Henri Poupart-Lafarge, hier. L’invitation sera acceptée. M. Watson a prédit qu’elle serait houleuse.

« Nous en avons assez des excuses, a dit le maire. Le système ne fonctionne pas et nous n’accepterons pas un produit de deuxième qualité. »

Les pénalités pour un retard montent... à 2 millions $. Ce sont des peccadilles par rapport à l’ampleur du contrat. Par chance, la Ville d’Ottawa détient un autre levier : le paiement final de la note du train, une affaire de 260 millions $. Cela fait quelques mois que le Groupe de transport Rideau paie ses travailleurs à partir de son bas de laine. Ça doit commencer à les titiller pas mal.

Le maire Jim Watson a raison. Ottawa n’a pas à se contenter d’un sous-produit. Avec les délais qui s’étirent, les premiers passagers de ce train seront les avocats pour bris de contrat.

Chose certaine, nous entendrons parler longtemps de la phase I du train léger. Car par bonheur, et nous péchons ici par ironie, il y aura une phase 2. Espérons-là tout de suite moins parsemée d’écueils.