Dans son message à l’occasion du Nouvel An, Kim Jong-Un avait dit qu’il avait « un bouton nucléaire sur mon bureau » et que des cibles du continent américain étaient à portée de ses missiles.

Le sport, outil de détente en Corée

ÉDITORIAL / Le sport aura servi d’argument de détente dans le long conflit qui perdure entre la Corée du Nord et le reste du monde. Trop souvent la proie des mercantiles et outil des gens du pouvoir, le sport a retrouvé sur la péninsule coréenne une partie de sa fonction de collaboration entre les peuples. Car pour compétitionner ensemble, les sportifs doivent au moins s’entendre sur un ensemble de détails : un lieu, un moment, des règles, peut-être même un enjeu. C’est dans cette atmosphère d’entente que la Corée du Nord a tenu une rencontre au sommet avec la Corée du Sud, hier, à l’issue de laquelle il a été confirmé qu’un couple de patineurs artistiques nord-coréens participeront aux Jeux olympiques d’hiver à Pyongchang, le mois prochain.

Cette avancée, anodine pour les cyniques, s’inscrit dans une désescalade des tensions autour du régime de Kim Jong-Un, tendance qu’il faut applaudir plutôt que railler.

Tout cela est tellement plus encourageant que les invectives que le leader nord-coréen et le président des États-Unis Donald Trump s’adressent l’un l’autre, créant un climat de tensions inégalé dans l’histoire. Il y avait bien eu des moments de grande incertitude quant aux intentions menaçantes de la Corée du Nord avec ses essais de missiles nucléaires. Mais que deux chefs d’État, possédant chacun l’arme nucléaire, s’insultent de telle façon était probablement sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Au point où l’Association des scientifiques atomiques avait récemment devancé son évaluation de la menace d’une guerre atomique à minuit moins 2 minutes, 30 secondes. Selon leur lecture des événements, la Terre n’avait pas été si proche d’une attaque nucléaire depuis 1953, au début de la Guerre froide. La fin des tensions à la suite de l’éclatement de l’Union soviétique avait repoussé l’heure fatidique à 17 minutes en 1991. Depuis deux ans, la menace potentielle nous avait collectivement menés près d’un précipice et les quolibets lancés par MM. Kim et Trump n’auguraient rien de bon.

Dans ce contexte, tout mouvement vers la paix est bienvenu. Que le sport soit l’outil d’expression d’un début de détente doit être salué avec soulagement. 

Dans son message à l’occasion du Nouvel An, Kim Jong-Un avait dit qu’il avait « un bouton nucléaire sur mon bureau » et que des cibles du continent américain étaient à portée de ses missiles. Mais du même coup, il avait assuré que ces armes nucléaires « ne seraient utilisées que si notre sécurité était menacée ».

Dans un élan machiste typiquement puéril, le président Trump n’avait rien trouvé de mieux à dire qu’il avait « un plus gros bouton » que son vis-à-vis nord-coréen.

Ce ne sera pas la première présence de la Corée du Nord aux Olympiques. Ils étaient présents aux JO de Sydney en 2000, d’Athènes en 2004, et de Turin en 2006. Mais ce sera la première fois sous Kim Jong-Un, qui a succédé à son père en 2010. Son administration a été marquée par une consolidation de son pouvoir axé sur le culte de sa personne, des purges dans l’entourage des conseillers hérités de son paternel, et la reprise d’essais nucléaires. L’indice d’une certaine détente est donc bienvenu, même si on ne débute qu’avec une participation sportive. Le lieu de cette compétition, en plein sol sud-coréen, est cependant lourd de signification. 

Pour l’avenir de la planète, il faut espérer que la participation des patineurs nord-coréens à Pyongchang sera la première d’une série de signaux d’un rapprochement entre les deux Corées. Car il faudra bien se rendre à cette étape à un moment donné comme nous a enseigné l’histoire des deux Allemagnes, notamment.