Le remaniement des mauvais jours

Quand Justin Trudeau a été porté au pouvoir, il pouvait compter sur deux solides alliés: le président Obama sur la scène internationale, et ici même au pays, la première ministre libérale d’Ontario, Kathleen Wynne.

Cette époque est révolue, l’amitié d’Obama a fait place aux insultes de Donald Trump, et à une quasi-guerre commerciale, et Doug Ford arrive au pouvoir en Ontario. Le remaniement annoncé hier par le premier ministre canadien témoigne à plusieurs égards de ce renversement.  Le regard est désormais tourné vers le prochain rendez-vous électoral, et M. Trudeau a de bonnes raisons de craindre que le vent tourne en Ontario, dont dépend sa majorité, sinon son gouvernement. Trois nouveaux venus au cabinet proviennent de la province voisine, et seulement un du Québec.  

C’est à un adversaire, voire un ennemi, du nouveau premier ministre Ford à qui il a confié le dossier de la « Sécurité frontalière ». Il y a beaucoup d’animosité en effet entre l’ex-chef de police de Toronto, Bill Blair, et M. Ford, depuis les enquêtes policières sur l’ex-maire Rob Ford. 

Le dossier échappe ainsi au ministre de l’Immigration Ahmed Hussen, qui n’avait pourtant pas fait un si mauvais travail. Le gouvernement canadien se vantait encore récemment d’une diminution marquée du nombre d’entrées illégales au pays, sous la gouverne de M. Hussen. Celui-ci était peut-être mieux placé que M. Blair pour s’attaquer à un dossier complexe qui demande autre chose que de la poigne. 

M. Blair, unilingue anglophone ontarien, n’est pas un choix évident pour un problème qui touche avant tout le Québec. Par contre, il peut s’expliquer si l’objectif de Justin Trudeau est de contrebalancer les efforts des conservateurs qui tentent de monter ce dossier en épingle et de souffler sur les braises d’une « crise » qui l’est de moins en moins.

Le premier ministre a aussi profité de ce remaniement pour créer un ministère de la Diversification du commerce international. « Nous devons diversifier nos marchés et nous assurer que nous ne soyons plus aussi dépendants des États-Unis », a-t-il expliqué.  Cela envoie peut-être un bon message à l’électorat, mais le défi pour Jim Carr,  qui se voit retirer les Ressources naturelles, sera de passer des paroles aux actes. Ce gouvernement n’est pas le premier à convoiter ce Saint-Graal, mais il faudrait poser des gestes significatifs pour modifier ne serait-ce qu’un peu l’ordre actuel des choses, tant le marché des États-Unis domine nos exportations. Et il reste peu de temps. 

Peu de gens s’attendaient à ce que Mélanie Joly conserve son poste au Patrimoine Canadien. Elle avait la responsabilité d’un dossier critique et complexe, avec un secteur des communications et de l’information en bouleversement total. Et le moins qu’on puisse dire c’est qu’elle ne donnait guère de raisons de croire qu’elle était en maîtrise du dossier.  Elle était devenue un passif plutôt qu’un actif au cabinet et son transfert aux Langues officielles Francophonie et Tourisme était sans doute la meilleure chose qui pouvait lui arriver dans les circonstances. 

On saura rapidement si son successeur, Pablo Rodriguez, entend se démarquer pour protéger les intérêts des médias et des artistes canadiens face à des géants du numérique qui se constituent des quasi-monopoles. La Commission européenne, qui vient d’imposer une amende de 5 milliards$ (US) à Google pour ses pratiques anti-compétitives, ne peut pas être la seule à mener ces combats.

Le regard est désormais tourné vers le prochain rendez-vous électoral