Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford

Le recul calculé de Doug Ford

ÉDITORIAL / Le gouvernement de Doug Ford a tenté de réparer les pots cassés avec les Franco-Ontariens, hier. Mais il a manqué de colle. Ils ne doivent pas s’endormir devant ces initiatives bancales.

Sans les consulter, il a redonné le plein ministère aux Affaires francophones. Il crée un poste de commissaire aux services en français... sous la gouverne de l’Ombudsman de l’Ontario. Et le concept de l’Université de l’Ontario français n’est pas totalement fermé.

Le ministère ? Cela avait été une perte, l’été dernier, mais la communauté franco-ontarienne avait gardé confiance face au gouvernement Ford. Nous savions que l’Ontario était aux prises avec un déficit important et qu’il y aurait des sacrifices à faire. Le plein ministère ne datait que de juillet 2017. Hors de l’Assemblée législative, pas trop de gens s’étaient aperçus du changement. Donc quand le gouvernement Ford y a mis fin, en juin, c’était à demi mal.

Maintenant, il y a retour du plein ministère des Affaires francophones, et un rôle accru pour Caroline Mulroney, dont la position est éminemment inconfortable depuis une semaine. Certains y voyaient une manœuvre de M. Ford pour diminuer les ambitions de sa ministre. Nous ne souscrivons pas à cette théorie.

Reste à voir si le ministère des Affaires francophones sera doté de budgets dont il disposait avant juin 2018, ou si ce ne sera qu’une coquille presque vide. Le communiqué du gouvernement est muet à ce chapitre

Le poste de commissaire aux services en français ? C’est ce qu’avait avancé la ministre Mulroney, lundi. Les 13 employés passaient sous la responsabilité du Bureau de l’ombudsman, et le commissaire François Boileau aussi, si cela lui disait. Aujourd’hui, une nouvelle structure est créée, mais on la subordonne toujours à l’ombudsman. Quant au travail du commissariat, qui dépasse la réception des plaintes et leur règlement, le texte est ambigu. Le commissaire Boileau insiste pour dire qu’il consacrait beaucoup d’énergies à s’assurer de la conformité à la Loi sur les services en français. Ces mots ont-ils le même poids qu’avant ? Une chose est sûre : le Commissariat n’est plus un agent du Parlement ontarien et il a perdu de son autonomie. Cela demeure un recul marqué, inacceptable.

Enfin. l’Université de l’Ontario français. « La réalité de la situation financière de notre province ne permet pas la création d’une nouvelle université autonome de langue française à l’heure actuelle. J’attends avec impatience le jour où l’état des finances publiques nous permettra d’aller de l’avant... »

Cette « réalité » budgétaire était le grand écueil de la future université. Il s’agissait de coûts importants : autour de 20 millions $ pour 2020, et deux, trois fois plus d’ici 5 ou 10 ans. Une aventure périlleuse dans un contexte de rétablissement financier. Ainsi, nous pourrions considérer potentiellement un report d’un an, disons, mais le communiqué ne précise rien. La ministre Mulroney devra être plus explicite.

Cependant, le gouvernement de Doug Ford vient d’ouvrir la porte. Pas suffisamment, certes, mais nous sentons clairement un espace de dialogue potentiel aujourd’hui avec les conservateurs. Ça, c’est réjouissant et porteur de meilleures nouvelles à l’avenir.

Une chose est aussi très claire : les Québécois et les francophiles du Canada ont redécouvert les Franco-Ontariens et toutes les minorités linguistiques du Canada, depuis ce « Jeudi noir ». Cela a jeté un éclairage nouveau sur eux. Cette prise de conscience était nécessaire et il est à espérer que l’on pourra bâtir là-dessus. Voilà le gain potentiel que cette crise a provoqué.