Le Parti progressiste-conservateur de l’Ontario, dirigé par Doug Ford, a été élu avec 40,5 % des voix en juin 2018, un avantage qui s'est perdu au printemps alors qu'il réunit maintenant 22,4% de l'opinion publique.

Le Parti conservateur de l’Ontario écoutera-t-il?

ÉDITORIAL / Ce n’est pas un glissement, mais une réelle dégringolade que le gouvernement de Doug Ford a subie dans l’opinion publique, si l’on en croit le plus récent sondage de la firme Recherche Mainstreet.

Le Parti progressiste-conservateur de l’Ontario a été élu avec 40,5 % des voix en juin 2018, ce qui lui valait une large majorité de 76 des 124 sièges. Cet avantage s’est largement maintenu jusqu’en janvier, où ils réunissaient encore environ 40 % de l’opinion publique. Le printemps leur fut fatal. De 40 à 34 % en février, puis à 22,4 % maintenant. Il s’agit vraiment d’une dégringolade, car les voilà maintenant derrière le Parti libéral (39,9 %) et le Nouveau Parti démocratique (24,2 %). Cette baisse de 18 points de la faveur du public se constate chez d’autres maisons de sondage. Ipsos parle d’une baisse de 11 points, quant à lui.

Il faut relativiser cependant.

La magistrale remontée des libéraux est bien artificielle. Le parti n’a pas de chef et vient de perdre deux de ses sept députés, Marie-France Lalonde et Nathalie Des Rosiers. Il y a deux candidats à la direction, mais personne ne sait vraiment quand les libéraux se choisiront un nouveau chef. Il faut donc réaliser que le 39,9 % n’est que le résultat d’un problème de désaffection face aux conservateurs, et non pas un ralliement derrière un chef ou même un programme électoral, ce que les libéraux sont encore moins proches de se donner. 

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Quant aux néo-démocrates sous Andrea Horwath, à 24,2 %, ils sont à peu près retombés à leurs niveaux passés, soit autour de 22, 23 % qu’ils avaient enregistré en 2011 et en 2014. Ce qui demeure bien supérieur aux performances de son prédécesseur Howard Hampton, soit dit en passant. Mme Horwath récolte d’ailleurs 50 % des intentions de vote quant au chef de parti le plus estimé. Ce n’est pas anodin, mais encore là, il s’agit de chiffres gonflés devant l’écrasement de Doug Ford et l’absence d’un chef libéral.

Que doit faire le Parti conservateur devant cet abominable effondrement ?

D’abord, il doit valider ces chiffres catastrophiques avec leurs propres sondages à l’interne. Ce n’est pas parce qu’une ou deux firmes de sondage vous prédisent une calamité que l’on doit aussitôt réagir avec empressement. Ils doivent vérifier si ces coups de sonde apparaissent valides, s’ils représentent bien l’ensemble des Ontariens. Cela ne semble pas les déranger à ce moment-ci puisque le ministre des Affaires municipales, Steve Clark, disait hier encore que le sondage qui compte est l’élection. Il ne s’agit là que du blabla politique. Le PC doit bien écouter les Ontariens pendant tout leur quadriennat, et pas juste tous les quatre ans. Tout en nuançant les résultats, bien sûr.

Puis, les conservateurs doivent corriger le tir. Cette dégringolade signale que la population ontarienne n’est pas au diapason du parti. Elle réalise bien l’ampleur du déficit auquel le gouvernement est confronté, mais elle n’achète pas les méthodes proposées. Les gens n’aiment pas les remèdes de cheval et il en faut un : mais celui des conservateurs est trop fort, trop amer. 

Il donne l’impression de tout vouloir couper, partout. En santé, dans les villes, en éducation, en tourisme, en services sociaux, tout le monde y goûte. Le gouvernement doit mettre l’accent, comme il le fait, sur la reprise économique, mais adoucir ses volontés de couper. Il doit faire confiance que les marchés reprendront de la vigueur, et qu’il faudra du temps. Davantage que les cinq ans qu’il prévoit. 

Mais c’est bien illusoire, tout cela. Combien gageront que les conservateurs s’entêteront dans leur lutte aveugle au déficit ?