Le Cardinal George Pell a été déclaré coupable de pédophilie cette semaine.

Le pape François a beaucoup à faire

ÉDITORIAL / Le sommet sur la pédophilie qu’a réclamé le pape François s’est terminé, il fallait s’y attendre, sur plusieurs espoirs déçus. Il n’est pas facile de déplacer un paquebot gros comme l’Église catholique romaine. Les attentes de plusieurs regroupements de victimes, prises bout à bout, étaient au firmament. Mais il y a encore de l’espérance que sous ce premier pape argentin, on en arrive à des correctifs «concrets», comme il le demandait lui-même à l’ouverture de la conférence, jeudi.

D’abord, il y a le sens profond de cet événement unique. Réunir à Rome les présidents des épiscopats du monde entier pour quatre jours de réflexion sur la protection des mineurs dans l’Église revêtait un caractère inégalé et cérémonial tout à la fois.

Puis, il y a la reconnaissance que la pédophilie s’avère un réel problème dans l’Église, ce qui n’est pas une mince affaire. Mais l’Église a reconnu, et le pape François en premier, que la pédophilie est même le plus grand défi de notre époque. Il s’agit d’une autocritique impitoyable de recherche de la vérité.

L’Église est l’équivalent d’une Organisation des Nations unies, avec ses particularités et ses spécificités. Des problèmes ont été vécus au cours des dernières années au Chili, aux États-Unis, en Irlande et à un moindre niveau, au Canada également. Par contre, des pays comme les Philippines n’en ont pas connu. Si cela ne signifie pas qu’il n’y a pas là de problème latent, il n’y a certes pas la même urgence à vouloir régler une crise qui ne les touche pas, en apparence, ou là où n’existe pas une culture de la transparence. D’où le défi du pape François de les convaincre d’agir de concert avec les pays où il y a eu les pires abus en les convainquant qu’un jour, ce pourrait être leur tour. Ou à tout le moins, qu’en prenant des mesures énergiques tout de suite, cela pourrait prévenir des problèmes explosifs plus tard.

Mais les victimes et leurs porte-parole n’en ont que faire des singularités de l’Église. Ils voulaient entendre une réelle contrition et ne l’ont pas eue. Le pape s’est contenté de phrases générales, parlant de «crimes abominables» qui sont «la manifestation actuelle de l’esprit du Mal». Pour les victimes, ce n’est pas un regard franc et direct sur le problème de prêtres abuseurs qui ont été avalisés par des évêques et cardinaux qui ont couvert pendant des décennies des délits graves de pédophilie.

Et puis, c’est une manière de ne pas parler des manières de les régler, en mettant fin au célibat des prêtres et en élargissant la prêtrise aux femmes, notamment. Quitte à réserver les thèmes de réparations et de dédommagements pour plus tard. Chose certaine, ces sujets n’ont pas été couverts au cours de la conférence. Au mieux l’Église a-t-elle résolu de montrer l’exemple en annonçant de nouvelles règles concernant la Cité du Vatican. Il s’agit d’un pas en avant, mais bien mince par rapport à l’ampleur de la crise. Mais c’est bien insuffisant pour les victimes qui tardent à voir les avancées «concrètes» demandées par le pape François.

De fait, il aurait pu aller plus loin. À commencer par l’expression d’excuses sincères pour tous les tourments vécus par les victimes et leurs proches. Ainsi qu’en annonçant que le «secret pontifical» serait levé des cas d’abus sexuels dans l’Église, derrière lequel elle s’est longtemps terrée. Cela ne serait pas trop demander.

Le pape François a fait une première grosse avancée avec ce sommet sur la pédophilie. Cela ne doit pas s’arrêter là. Il en faut d’autres, et rapidement.