Maxime Bernier a décidé de quitter le Parti conservateur pour créer son propre parti.

Le néant attend Maxime Bernier

ÉDITORIAL / Maxime Bernier, électron libre du Parti conservateur du Canada, s’est maintenant coincé dans un rôle de simple député négligé et négligeable. Ses prétentions de lancer un nouveau parti fédéral aboutiront au néant. En démissionnant de son parti, il s’est condamné à être, au mieux, un député indépendant qui criera dans le désert politique, ou au pire, dans un an, à être un ex-député coloré que les convictions libertariennes auront mené à sa perte.

Son départ du Parti conservateur n’avait pas besoin d’être. Il aurait pu continuer d’être la voix forte qu’il était pour des idées de droite sur la gestion de l’offre, sur le multiculturalisme et sur le parasitisme des entreprises qui sucent les aides gouvernementales à répétition. Il y avait de la place, petite mais bien là, pour un militant de sa trempe. La gestion de l’offre, qui garantit des revenus aux producteurs de lait, d’œufs et de volaille au Canada, est un programme controversé qui est la cible de plusieurs attaques, notamment du gouvernement de Donald Trump, aux États-Unis. De la même manière, il y a un mouvement au pays contre le corporate welfare, selon l’expression anglaise. Et le multiculturalisme à la Justin Trudeau a son lot d’adversaires, notamment chez les souverainistes du Québec.  

L’ancien chef Stephen Harper l’avait toléré, et plusieurs se demandaient bien pourquoi et comment. Éliminé au cabinet à la suite de douloureuses incartades, il continuait périodiquement de se vider le cœur sur ses sujets de prédilection. Son successeur Andrew Scheer semblait s’en accommoder tant bien que mal. M. Bernier aurait pu poursuivre dans cette voie étroite ; en annonçant sa décision de fonder un nouveau parti national, avec les difficultés que cela implique et les idées qui sont les siennes, il s’est placé sur une suicidaire voie d’évitement. 

Nous ne voyons pas où Maxime Bernier puisera les fonds importants pour lancer son nouveau parti ni combien de supporters il pourra recruter à partir de ses quelques idées de droite libertarienne. Il pourra recruter quelques dizaines de supporters pour se présenter sous sa nouvelle bannière aux élections générales de l’automne 2019, mais guère plus. Il fera plus mal au Parti conservateur du Canada auquel il volera argent et membres ; en cela, il rappelle que le PCC est né de la fusion de deux partis de droite et que ce n’est que sous une seule étiquette que M. Harper avait réussi à voler le pouvoir à Paul Martin, en 2005. S’il n’avait pas réussi à réunir les forces de droite, les conservateurs se tirailleraient encore dans l’antichambre du pouvoir entre l’Alliance conservatrice et le Parti progressiste-conservateur...

M. Harper s’est souvenu de cette leçon et c’est ce qui a expliqué la volée de bois vert qu’a reçue Maxime Bernier depuis l’annonce de sa défection. 

Entre-temps et à court terme, le Beauceron aide les libéraux de Justin Trudeau en divisant l’opposition.

Il s’agit d’une décision lourde de sens que M. Bernier a prise, jeudi. Car il est virtuellement impossible de revenir en arrière. Intellectuellement, cela ne se fait pas de revenir dans 18 ou 24 mois au sein d’un PC « intellectuellement et moralement corrompu » – ce sont ses mots ! Ses collègues conservateurs les auront toujours dans la gorge et le verront toujours comme un joueur isolé qui n’en fait qu’à sa tête. 

Maxime Bernier s’est peint dans un coin d’où il ne pourra pas s’extirper. C’est la fin de la carrière d’un politicien hors-norme qui aura été divertissant, à défaut d’être un décideur de poids qui sait infléchir son parti à ses idées.