Les enquêteurs continuent à recueillir les preuves à Salisbury en Grande-Bretagne.

Le message de Moscou à l’OTAN

ÉDITORIAL / La peur est une arme plus puissante encore que les agents chimiques utilisés par le gouvernement russe pour tenter de tuer un ex-espion en Grande-Bretagne. Cette agression est beaucoup plus qu’un simple acte de vengeance du Kremlin envers un traître. C’est d’abord un avertissement à quiconque serait tenté de collaborer avec les ennemis de Moscou.

Il est impossible de surveiller en tout temps tous ceux qui ont accès aux secrets d’État, alors le meilleur moyen de dissuasion reste encore la terreur. Il y a eu d’autres assassinats perpétrés, en toute impunité, par les services secrets russes en sol britannique. Chaque nouvelle mort réitère le message. 

Le moyen choisi pour attenter à la vie de l’ex-espion constitue aussi un message. Le polonium pour Alexandre Litvinenko, et le novitchok, un agent innervant développé dans les laboratoires russes, pour Skripal. C’est une façon de signer le crime sans reconnaître sa culpabilité. 

Le message ici s’adresse aux autres nations, particulièrement aux membres de l’OTAN. La Russie ne respecte ni vos frontières, ni vos lois, pour régler ses comptes. Et c’est ce message-là qui doit surtout retenir notre attention. 

Parce qu’il est répété sur d’autres plateformes, et d’autres champs de bataille, Moscou utilise les outils mêmes des pays occidentaux, la liberté d’expression, le système démocratique, pour semer la discorde et affaiblir les institutions de ses adversaires. 

La Russie est un étrange paradoxe. Son économie se situe au 12e rang mondial, après le Canada, même si sa population est quatre fois plus grande que la nôtre. C’est pourtant la deuxième puissance militaire au monde, derrière les États-Unis et devant la Chine. 

Le Kremlin cherche à maximiser son influence politique par des actions visant à changer le cours des élections et appuyer la résurgence d’une mouvance nationaliste d’extrême droite, et il git aussi pour resserrer sa propre emprise sur le pouvoir en écrasant la dissidence, autant à l’intérieur de ses frontières qu’à l’extérieur.

Londres, et pas seulement elle, se doit de réagir fermement à ces attaques. La première ministre Theresa May a annoncé mercredi une série de mesures, dont l’expulsion de 23 diplomates, la suspension des échanges bilatéraux.

C’est peut-être un prix que la Russie estimera raisonnable de payer pour son action. Il faudra aller plus loin pour que la réaction ait un pouvoir de dissuasion et frapper le régime russe là où cela le blesse. 

Le Canada et les États-Unis, sous l’administration Obama, ont déjà adopté la loi Magnitsky, qui permet de saisir ou bloquer tout bien situé au Canada et détenu par un étranger coupable ou complice de violations graves de droits de la personne. Le Royaume-Uni envisage de faire de même en évoquant l’adoption de lois plus sévères contre l’activité hostile d’États étrangers. 

Il faudra aussi un appui ferme de la Maison-Blanche. L’ambassadrice américaine aux Nations Unies, Nikki Haley, a blâmé Moscou, mercredi, pour cet attentat. Mais le congédiement du secrétaire d’État, Rex Tillerson, 24 heures après qu’il ait, le premier, condamné la Russie, brouille les cartes. 

Son renvoi n’est probablement pas le résultat de sa prise de position. Il se préparait depuis un certain temps déjà, mais il arrive au mauvais moment, surtout quand le président insiste pour dire qu’il ne partage pas les positions du plus haut diplomate. Cela risque de passer pour un feu vert.