Le gouvernement fédéral s’immisce dans le débat entre les Franco-Ontariens et le gouvernement de l’Ontario.

Le fédéral peut jouer son rôle

ÉDITORIAL / Le gouvernement fédéral s’immisce dans le débat entre les Franco-Ontariens et le gouvernement de l’Ontario. Voilà qui est nouveau. Quand les Francos s’étaient débattus sur le statut bilingue de la Ville d’Ottawa, Justin Trudeau était resté tristement sur les lignes de côté.

Cette fois, le premier ministre s’est prononcé en faveur des droits des francophones minoritaires au Canada, rappelant leur importance. Mélanie Joly est allée bien plus loin : on a vu une combativité hors du commun depuis l’émergence de cette affaire, jeudi. 

Rappelons que le gouvernement de l’Ontario, contre toute attente, a annoncé la fin du projet de l’Université de l’Ontario français et l’amalgamation du Commissariat aux services en français au sein du Bureau de l’Ombudsman. Depuis, Caroline Mulroney, à titre de ministre déléguée aux Affaires francophones, a précisé les intentions de son gouvernement. Elle a précisé que les 13 employés du Commissariat auraient toujours leur emploi, et que le commissaire François Boileau se verrait offrir le poste d’ombudsman adjoint. Il n’y a eu aucun mouvement dans le dossier de l’université.  

Le ton de Mélanie Joly était répréhensible. Elle regrettait les initiatives de l’Ontario dans un premier temps, mais aussitôt après, elle lançait une attaque en règle à l’endroit des conservateurs. Elle a répété sa salve anti-Andrew Scheer lundi.

Qu’elle dégaine à l’endroit des conservateurs se comprend, toutefois. Ce sont les conservateurs eux-mêmes qui ont exercé un rapprochement entre M. Scheer et le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford. Mais elle y est allée trop fort. Cela a enlevé du poids à ses arguments concernant l’université et le commissariat, et les conservateurs ont répliqué sur l’attaque dont ils faisaient l’objet.

Il lui suffisait pourtant de faire comme sa collègue Mona Fortier, députée d’Ottawa-Vanier. Elle a présenté une motion qui dénonçait la décision de l’Ontario. Cette motion, innocente dans son langage, s’est pourtant butée à l’opposition conservatrice. 

Bref, le mal était déjà fait.

Mme Joly est par ailleurs revenue à la charge de façon plus posée, hier, en parlant du Programme de contestation judiciaire. Ce programme fait l’objet d’un chassé-croisé entre libéraux et conservateurs depuis plus de 25 ans. Les libéraux le créent, les conservateurs le défont. Ainsi est la vie de ce programme qui appuie la contestation des minorités devant les tribunaux. Annoncé en février 2017, les libéraux ont attendu jusqu’à présent pour nommer le comité d’examen, qui inclura l’avocat-conseil Gilles LeVasseur, d’Ottawa. Mme Joly a élargi les critères pour inclure celui de la « vitalité des communautés », une allusion à peine voilée à des initiatives du genre de l’Université de l’Ontario français et du Commissariat aux services en français. Leur disparition affecte directement la vitalité de la communauté franco-ontarienne, c’est à n’en pas douter.

Tous ces développements rappellent le rôle important du fédéral dans les questions touchant les communautés minoritaires. Elles ont besoin du gouvernement central pour rappeler à l’ordre les provinces qui seraient tentées à restreindre les droits des minorités. Cela est arrivé plus souvent que l’on pense. En fait, toutes les provinces au Canada, sauf le Québec, ont déjà suspendu les droits des francophones. La tentation demeure en Ontario et au Nouveau-Brunswick, ces jours-ci. Pas une interdiction pleine et entière, mais la mise en place de mesures au détriment des francophones minoritaires.

En ce sens, l’implication d’Ottawa dans le dossier est une très bonne décision. Est-ce que ce serait dû à l’approche des élections fédérales en 2019 ?