Me Philippe Larochelle, Daniel Brunet, président du Conseil pour la protection des malades et Daniel Pilote, le demandeur, ont dénoncé les conditions de vie des usagers des CHSLD.

Le coût de la maltraitance

ÉDITORIAL / Les 7 millions $ de dédommagements que le gouvernement québécois a dû verser en 2013 aux résidents maltraités du CHSLD Saint-Charles-Borromée, à Montréal, n’ont pas servi de leçon. Québec se retrouve encore devant une demande de recours collectif contre les centres d’hébergement de soins de longue durée et une réclamation qui pourrait cette fois dépasser le demi-milliard de dollars. Les économies réalisées depuis des décennies sur le dos des aînés et des personnes vulnérables comme Daniel Pilote n’en sont pas. L’insensibilité collective à leur égard a un coût.

Le gouvernement de Philippe Couillard et son ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, reçoivent toute une gifle avec la demande de recours collectif du Conseil pour la protection des malades. La réforme du ministre Barrette amorcée en 2015 est montrée du doigt.

François Legault, le chef de la CAQ, a commenté que ce recours était le résultat de 15 ans de régime libéral. L’offensive judiciaire servira évidemment de munitions contre les troupes de Philippe Couillard. 

Mais même si ce gouvernement a visiblement négligé ces dernières années les services offerts aux personnes âgées ou non autonomes — le Protecteur du citoyen a constaté plus d’une fois des lacunes et un coroner a mis en cause la surcharge de travail d’une infirmière lors du décès d’un des 175 patients dont elle avait la charge dans un CHSLD du secteur Beauport à Québec —, des carences sont cependant observées depuis longtemps, tant sous des gouvernements libéraux que péquistes. 

Le recours collectif contre le CHSLD Saint-Charles-Borromée — une première du genre au Québec — avait été déposé en 1997 mais des procédures judiciaires avaient eu cours précédemment pendant 10 ans. Dans ce cas aussi, les requérants signalaient des négligences dans l’alimentation, les soins d’hygiène et de santé et se plaignaient de recours abusif aux médicaments.

En 2001, la Commission des droits de la personne et le Vérificateur général du Québec ont également fait état de déficience dans les services offerts aux personnes âgées ou en perte d’autonomie.

Les années passent, les gouvernements se succèdent, les parlementaires ont même adopté l’an dernier une loi pour contrer la maltraitance, mais des personnes vulnérables doivent encore en 2018 s’adresser aux tribunaux pour être traitées dignement, pour obtenir plus d’un bain par semaine, pour ne plus sentir l’odeur nauséabonde des couches souillées, pour cesser de craindre de mourir faute d’assistance si un appareil est défectueux.

C’est honteux et triste d’en être rendu là comme société. Qui plus est au Québec, où la population est vieillissante.

Bien sûr, on peut blâmer les ministres, les gestionnaires, et dénoncer une fois de plus le gouvernement Couillard qui a trouvé des millions de dollars pour rehausser la rémunération des médecins, mais trop peu pour rehausser les services des résidents des CHSLD.

Mais si les lacunes persistent, se peut-il aussi que ce soit parce que les élus ne sentent pas que le sort des aînés et des personnes hébergées préoccupe au plus haut point la population et les électeurs? Les personnes malades, âgées et vulnérables ne manifestent pas dans la rue et sont absentes sur les réseaux sociaux. La voix des autres doit donc être forte et constante.

L’émotion et la colère que provoquent des reportages sur les conditions de vie dans les CHSLD sont cependant éphémères. Le fait que les personnes vivent en moyenne moins de trois ans dans ces centres explique aussi en partie pourquoi il est si facile de détourner l’attention.

Le premier ministre Couillard affirmait mardi que le réseau est en constante amélioration, qu’il va dans la bonne direction. 

Il faudra combien de recours devant les tribunaux pour arriver à destination?