Le convoi « United We Roll » quittera Ottawa mercredi après-midi.

Le convoi frappe un mur à Ottawa

ÉDITORIAL / Le convoi « United We Roll » a fait son entrée à Ottawa, mardi. Il a passablement dérangé les habitudes des gens de la capitale... et c’est très bien ainsi. On ne peut avoir un Parlement en plein centre-ville et ne pas s’attendre à certaines perturbations ! Le cœur du gouvernement est à Ottawa et il est normal que les différents groupes viennent dans la capitale pour faire entendre leurs doléances.

Le contraire serait bien étonnant.

Mais qu’en est-il au juste, de ce convoi ? 

Fort d’environ 200 véhicules dont une majorité de gros camions (énergivores), les manifestants ont quelques éléments à leur plateforme politique. D’abord et avant tout, la construction de pipelines qu’ils veulent voir traverser le pays d’ouest en est. Puis, ils veulent la fin des projets de loi C-69 et C-48, liés à l’interdiction de voir des pétroliers sur la côte nord de la Colombie-Britannique et à l’obligation de consultation des groupes, particulièrement autochtones, affectés par les projets de développement. Enfin, il y a la taxe sur le carbone, dont ils espèrent la disparition.

Selon leur porte-parole, Glen Carritt, un élu municipal d’Innisfail, en Alberta, ce convoi a été bien accueilli partout où il est passé. De son point de départ à Red Deer, en Alberta, jusqu’à Ottawa, ils ont été accompagnés par des feux d’artifice et des sympathisants qui se sont joints à eux. 

Mais ils ont dû naviguer avec soin pour éviter les dérapages. Ils étaient partis avec l’idée d’imiter les gilets jaunes de la France qui protestaient contre la hausse du prix du carburant, au départ. Mais ce mouvement sans réels chefs de file a connu des dérapages identitaires notamment, où des gens militaient contre les immigrants, contre les musulmans. C’est ainsi que le nom du convoi, de « Yellow Vests », est devenu « United We Roll ». Ils ont tenté de prendre leurs distances d’avec les intolérants, quoique certains pourraient s’être faufilés malgré tout.  

À Ottawa, l’accueil a été plus mitigé. Ils ont été rapidement confrontés à un groupe de contre-manifestants qui militaient pour l’environnement. Car le convoi, en traversant le pays d’ouest en est, couvre aussi plusieurs régions où leurs doléances sont moins bien partagées. 

Et encore, ils n’ont pas mis les pieds au Québec où l’opposition aux pipelines s’y avère le plus fort de tout le pays... 

Idem pour leur opposition à la taxe sur le carbone. Si cela est un programme populaire en Alberta et en Saskatchewan, notamment, c’est bien moins le cas en Ontario où elle semble généralement acceptée, comme dans l’est du pays et en Colombie-Britannique. Et surprise, c’est là que le Parti libéral du Canada y a ses plus fortes assises.

Le mouvement « United We Roll » ne roule donc pas rondement partout...

Le convoi se colle aux conservateurs et autres tenants de la droite au Canada. On les devine associés à Jason Kenney et son United Conservative Party qui tentera de déloger les néo-démocrates de Rachel Notley lors de l’élection en Alberta, ce printemps. En Ontario, le premier ministre Doug Ford, fortement opposé à Justin Trudeau et sa taxe sur le carbone, les a salués. Et le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, est venu les appuyer à Ottawa.  

Le convoi « United We Roll » quittera Ottawa cet après-midi. Il a fait valoir son message. Mais nous sentons bien qu’en filigrane derrière se dressent les forces politiques du pays : conservateurs anti-carbone d’un côté, libéraux pro-taxe sur le carbone de l’autre. Il y aura élection fédérale cet automne : ce n’est définitivement pas un hasard.