Doug ford, premier ministre ontarien

L’autre coup double de Ford

ÉDITORIAL / Les Franco-Ontariens ont été bouleversés d’apprendre, le 15 novembre dernier, la disparition du Commissariat aux services en français. Ils ont réagi avec force, occupant la rue le 1er décembre, en guise de protestation. Le gouvernement, quasi-intraitable, a mis sa menace à exécution hier, le 30 avril 2019. Le commissaire François Boileau était désemparé, pour la communauté franco-ontarienne d’abord, puis pour la petite équipe de 12 personnes qu’il avait bâtie. Il a eu aussi une pensée pour l’Université de l’Ontario français, qui voyait son financement suspendu du même coup : son avenir est en suspens.

Mais en plus de la disparition du Commissariat, deux autres agents du Parlement de l’Ontario sont aussi disparus. Le Commissaire à l’environnement de l’Ontario et l’Intervenant en faveur des enfants de l’Ontario ont vu leurs activités se terminer en même temps. Les trois agences sont intégrées au Bureau de l’ombudsman de l’Ontario, qui hérite de plusieurs fonctions qui n’étaient pas dans son mandat d’origine. L’ombudsman Paul Dubé tente de faire de son mieux sans trop brasser: d’abord parce que sa fonction est par définition apolitique. Il est le défenseur de tous les Ontariens qui sentent que les services provinciaux les ont laissé tomber et il n’est pas question de privilégier l’environnement à l’éducation, par exemple, ou les enfants à la santé. Tous doivent se sentir bienvenus sous la tente de l’Ombudsman. En plus, accessoirement peut-on dire, parce que le mandat de M. Dubé doit être renouvelé en 2021 et qu’il ne veut pas froisser le gouvernement outre mesure. Il s’en tient à son mandat, et c’est tout.

La disparition des deux autres agents du Parlement n’a pas soulevé les vagues qui ont déferlé sur le Commissariat aux services en français (à la grande surprise du gouvernement).

L’environnement est une cause diffuse qui touche tout le monde et personne tout à la fois. Il y a eu quelques réactions des environnementalistes. La commissaire Dianne Saxe a soulevé les cas des déversements d’eaux usées, de fertilisants agricoles et de sel de déglaçage qui se déversent dans les lacs et les rivières de l’Ontario. Mais ses appels à conserver les terres humides, à préserver les sources d’eau potable et à limiter la pollution en général se sont butés au silence des Ontariens. Ils sont globalement d’accord avec ses initiatives, mais entre la protection de l’environnement et aller chercher les enfants à la garderie, travailler et préparer les repas, il est des priorités plus immédiates que les Ontariens n’ont aucune difficulté à choisir (ce n’est pas l’environnement, pour tout dire).

La protection des enfants s’avère une autre cause chère aux desiderata des Ontariens. Encore là, ils leur souhaitent tout le bien du monde, alors que 40 % des clientèles d’Irwin Elman, l’Intervenant en faveur des enfants de l’Ontario, sont d’origine autochtone. Pire que l’environnement, ce sont des vies humaines qui sont en jeu de façon immédiate. C’est doublement, triplement plus touchant que l’environnement. Qui parlera pour ces sans-voix?

Le Commissariat à l’environnement avait 25 ans. L’Intervenant en faveur des enfants, une douzaine d’années, comme le Commissariat aux services en français. Dans les trois cas, l’Ombudsman créera une unité spéciale pour enquêter sur les cas d’abus. Moins les cas spéciaux. L’Intervenant avait un bureau à Thunder Bay; il sera fermé. Mettre la clef dans la porte du Commissariat à l’environnement signifie la fin d’un rêve pour compenser un ministère aux vastes responsabilités et aux ressources trop limitées.

Le gouvernement impose le silence à trois empêcheurs de tourner en rond, dont une partie des responsabilités sont transférées à un Ombudsman qui se limitera à enquêter sur les plaintes des citoyens. Ce silence fait l’affaire du premier ministre Doug Ford, qui pourra davantage agir à sa guise.