Sept des 10 bloquistes à la Chambre des communes se disent incapables de suivre leur chef, Martine Ouellet.

L’auto-exclusion du Bloc québécois

ÉDITORIAL / Ce n’est pas nouveau, les crises intestines au Bloc québécois. Celle qui a éclaté au grand jour, hier, devrait emporter sa chef Martine Ouellet: il est difficile de voir comment elle pourrait s’accrocher à sa fonction.

Toute la journée, elle a martelé qu’elle avait été élue il y a un an à peine (par acclamation), qu’elle avait l’appui de son parti et de ses principales instances. Techniquement, Mme Ouellet a raison. Mais entre les élections, ce sont les députés qui sont le principal visage d’un parti politique et il est suicidaire de les ignorer. Dans ce cas, sept des 10 bloquistes à la Chambre des communes se disent incapables de suivre leur chef.

Tout se joue autour d’un dilemme philosophico-politique dont les souverainistes du Québec ont le secret. Il a souvent été dit du Parti québécois qu’il était ingouvernable; même René Lévesque l’a regretté. Depuis le départ de Gilles Duceppe, qui a dirigé le BQ de 1997 à 2011, le Bloc bouffe ses chefs à peu près au même rythme que le PQ. Ce n’est pas un compliment. Les électeurs recherchent une certaine stabilité dans leurs choix électoraux et passer des chefs à la moulinette donne une impression de cafouillage, d’indécision et de leadership défaillant.

Certains voient la mission du Bloc comme le véhicule de l’indépendance à Ottawa. D’autres, comme le défenseur des intérêts du Québec à Ottawa.

Pour le commun des mortels, ces deux orientations sont comme cul et chemise. Mais sous le Bloc de Martine Ouellet, il n’y a que le premier qui compte. Tout passe par là. Chaque intervention au Parlement, chaque sortie publique doit marteler la finalité de l’indépendance du Québec pour régler ses problèmes face au fédéral. En guise d’exemple, une source a confié au magazine L’Actualité que l’automne dernier, les députés du Bloc étaient invités à multiplier les questions de l’indépendance de la Catalogne, en guerre directe avec le gouvernement central à Madrid. Les souverainistes dressent de nombreux parallèles entre le mouvement sécessionniste des Catalans et celui du Québec. Mais au même moment, l’actualité se concentrait aussi sur l’avenir de Bombardier et de ses milliers d’emplois, et ce que Québec et Ottawa faisaient pour appuyer l’avionneur ciblé par les propos protectionnistes du président Donald Trump.

L’exemple est judicieux. Sur de telles questions qui font constamment surface à la Chambre des communes, où était l’intérêt des contribuables? Sur la Catalogne ou sur les emplois au Québec?

Les sept députés démissionnaires ont tenté de s’entendre avec leur nouvelle chef mais son intransigeance était devenue intenable. On le perçoit encore alors que Martine Ouellet se drape derrière la légitimité de son élection et du mandat des membres du parti pour forcer la députation bloquiste à militer dans le sens qu’elle désire.

La sagesse de Louis Plamondon, le doyen à la Chambre des communes, devrait porter davantage qu’elle ne le fait. La lune de miel avec les libéraux de Justin Trudeau s’étiole. Le Nouveau Parti démocratique a choisi en Jagmeet Singh un chef perçu avec suspicion par bien des Québécois. Le Parti conservateur essaie de se réinventer avec un nouveau chef, Andrew Scheer, qui a le charisme d’une planche de bois. Des électeurs québécois déçus pourraient se tourner vers le Bloc à l’élection de l’automne 2019. Ils doivent croire que le Bloc peut mieux défendre leurs intérêts que les trois autres grands partis. En refusant cette lecture politique, Martine Ouellet condamne ses députés à l’insignifiance et risque de mener le Bloc québécois vers une voie d’exclusion. C’est à elle de changer son fusil d’épaule.