Pierre Jury
Les feux de forêts ravagent l'Australie depuis plusieurs semaines
Les feux de forêts ravagent l'Australie depuis plusieurs semaines

L’Australie en feu ? Épiphénomène !

ÉDITORIAL / L’année 2019 a été celle des changements climatiques au Canada, avec une élection fédérale qui s’est jouée principalement sur cette question. Plusieurs soupçonnaient les questions de probité du gouvernement de Justin Trudeau, pour la manière dont il a piloté le dossier de SNC-Lavalin, envenimé par la ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould qui a été évincée de ses fonctions. Mais les conservateurs d’Andrew Scheer ne sont pas parvenus à coincer le gouvernement avec une accusation claire sur le sujet et les libéraux de M. Trudeau ont obtenu un second mandat.

La question principale a donc été la pertinence d’imposer une taxe sur le carbone au Canada. Les libéraux ont réussi à s’illustrer dans ce domaine, même s’ils ont soufflé le chaud et le froid en achetant le pipeline Trans Mountain dans l’Ouest canadien en 2018.

Au Québec, tout particulièrement, la marche sur l’environnement a marqué l’actualité, ancrée autour de la présence de Greta Thunberg, la jeune militante suédoise qui a galvanisé l’opinion publique sur le sujet, au point d’être nommée Personnalité de l’année par le prestigieux magazine Time.

L’année 2019 s’est achevée sur des scènes apocalyptiques venues de l’Australie avec des pointes de chaleur atteignant les 40 degrés Celsius par endroits. Cela a provoqué de gigantesques feux de forêt qui ont consumé une zone grande comme l’équivalent du Danemark. Aux quatre coins de cet immense pays, des feux font rage. Des milliers de gens sont déplacés, des centaines de maisons sont la proie des flammes, les services d’urgence sont débordés, des gens sont forcés de se réfugier sur le bord de la mer pour se protéger des feux. Plusieurs pointent du doigt les changements climatiques. 

De fait, l’Australie est l’un des pires acteurs au monde à ce chapitre. Les mines de charbon sont l’une des principales causes, alors que l’Australie est le quatrième joueur en importance avec 6,9 % de la production mondiale en 2016, et exporte le tiers de son volume mondial vers les pays d’Asie. L’essentiel de ses émissions de dioxyde de carbone est imputable à ses centrales au charbon, qui génèrent 29 % de son total de gaz à effet de serre.

L’Australie est aussi incapable d’arrêter une politique nette. L’instabilité de ses gouvernements provoque des arrêts et des départs dans le domaine des émissions de GES ; le présent gouvernement de Scott Morrison, par exemple, refuse d’agir pour ne pas mettre en péril les milliers d’emplois liés à l’industrie du charbon. 

L’Australie ne fera rien de significatif avec ses feux de forêt. Elle espérera que la vague de chaleur passera, ce qu’elle fera naturellement. De toute manière, toute action prise maintenant pour lutter contre les GES n’aura pas d’impact tout de suite. Cela incite à la paresse, à l’inaction.

Et puis, ce ne sont que de petites villes de 10 000 ou 20 000 habitants qui sont touchées. Ce n’est pas comme si Canberra, à 75 km des feux d’aujourd’hui, ou Sydney, à 175 km de distance, était consumée. En fait, tant que ce ne sera pas le cas, il n’y aura pas d’urgence. Les consciences ne s’éveilleront pas. C’est bien dommage, mais c’est comme ça.

Il faudra une calamité, des milliers de citoyens touchés dans plusieurs grandes villes, dont les États-Unis, le plus grand pays négationniste des changements climatiques, pour que les choses commencent à changer.

Et encore.