Le propriétaire des Sénateurs d'Ottawa, Eugene Melnyk, poursuit son partenaire John Ruddy dans le projet des plaines LeBreton pour 700 M$.

L’arrêt de mort d’Eugene Melnyk ?

ÉDITORIAL / La semaine dernière, Eugene Melnyk a peut-être signé son arrêt de mort à la tête des Sénateurs d’Ottawa.

Lorsque la Commission de la capitale nationale a donné à John Ruddy et à M. Melnyk deux mois pour régler leurs différences, il y avait anguille sous roche. Le lendemain, M. Melnyk a dévoilé son jeu en poursuivant M. Ruddy pour 700 millions $ ! Reste-t-il un doute que ces deux hommes ne s’entendront plus jamais ? Que les deux mois offerts par la CCN ne sont qu’un jouet dans la vitrine que le duo infernal se disputera sans cesse ?

Car la lumière a été faite sur la relation entre M. Melnyk et M. Ruddy, le propriétaire de la firme Trinity Developments. Tous se demandaient ce qui se passait derrière la scène. Plusieurs supposaient que la faute revenait sur les épaules de la CCN, une organisation reconnue pour ne pas être très vite sur ses patins, ou encore la Ville d’Ottawa, pas beaucoup plus rapide. Personne ne se doutait que le torchon brûlait entre les deux principaux partenaires de RendezVous LeBreton. Et comment !

Le nerf de la guerre concerne un projet de trois tours à condos, le 900 rue Albert, situé à l’extrémité ouest des plaines LeBreton. Là, Trinity travaille depuis plus de quatre ans sur 1400 unités de logement dans des tours de 65, 56 et 27 étages... bien avant que Trinity ne se joigne à M. Melnyk pour ériger le projet de RendezVous LeBreton. 

Là, Eugene Melnyk accuse Trinity d’avoir travaillé en catimini pour avancer le 900, rue Albert, ce qui aurait un effet délétère sur la future rentabilité de RendezVous LeBreton. 

Ce schisme n’est pas nouveau. Il a été dévoilé dans les semaines qui ont suivi avril 2016, lorsque RendezVous LeBreton a devancé le groupe IllumiNation pour réaliser un projet majeur de redéveloppement des plaines Le Breton. IllumiNation, c’était le consortium formé notamment de la famille Desmarais et de Guy Laliberté, le fondateur du Cirque du Soleil.

Deux ans et demi plus tard, il n’y a encore aucune pelle mécanique sur le terrain. 

Ce ne sont pas les deux mois qui suffiront à démêler ce litige. Ni même six mois. Le grand plan de RendezVous LeBreton est enlisé dans la gadoue jusqu’aux oreilles et quand M. Melnyk aura réglé son différend avec John Ruddy, les poules auront des dents. 

Cette dernière tuile s’ajoute aux nombreuses autres que M. Melnyk porte déjà sur ses épaules. Comme s’il ne pouvait s’en débarrasser.

Certaines sont de sa faute directement, comme sa menace de déménager les Sénateurs d’Ottawa, en décembre 2017. Ou sa vidéo « amateur » avec le défenseur Mark Borowiecki en lever de rideau, cette saison. D’autres ne relèvent de lui qu’accessoirement, comme la divulgation d’une vidéo par le chauffeur d’un taxi Uber, le mois dernier, où des joueurs rient de l’entraîneur-adjoint Martin Raymond. Entre ça ? La bisbille entre les épouses des joueurs Mike Hoffman et Erik Karlsson, les échanges de l’un et de l’autre, bref, c’est comme un mauvais théâtre de vaudeville où les Sénateurs, immanquablement, sont la risée de tout le sport professionnel ! 

Les appels à la vente du club par M. Melnyk ont repris de plus belle, et il persiste toujours à les ignorer, à jurer qu’il est là pour durer.

Mais à un moment donné, il faut voir clair. Eugene Melnyk est empêtré dans une guerre à finir avec John Ruddy. Le club tente de s’en tenir loin, mais le projet de nouvel amphithéâtre y est embourbé. Pour le sortir de là, M. Melnyk doit réfléchir sérieusement à sa sortie.