Mélanie Joly, ministre canadienne des Langues officielles et de la Francophonie

Langues: enfin un dialogue

ÉDITORIAL / Il ne faut pas passer sous silence le fait que le Parti libéral a patienté plus de trois ans avant d’annoncer son intention de réformer la Loi sur les langues officielles.

Il a passé deux bonnes années à consulter patiemment, trop parfois, avant de dévoiler son Plan d’action sur les langues officielles, rendu public en mars. Pendant tout ce temps, il a ignoré les appels à une mise à jour de la loi linguistique. Maintenant qu’il est en fin de mandat, il se réveille enfin... cela s’approche de la mauvaise foi.

Mais, bon, il avait peut-être ses raisons de patienter. N’empêche qu’en 2019, l’année du 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles, on inaugure les discussions plutôt qu’on les achève. Ç’aurait été une belle occasion de célébrer ce 50e anniversaire avec une refonte, et ce ne sera pas. Et pour tout dire, cela pourrait ne jamais être. Car cette refonte est conditionnelle à la réélection des libéraux, ce qui n’est plus assuré depuis l’affaire de SNC-Lavalin. Il est trop tôt pour évaluer les impacts de cette foire d’empoigne qui a opposé le premier ministre Justin Trudeau à son ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, mais une chose est sûre : les libéraux devront recevoir un second mandat pour que la réforme de la loi se concrétise.

Les autres grands partis n’ont soufflé mot sur leurs intentions par rapport à la Loi sur les langues officielles. Rien n’est moins sûr.

Les libéraux ont gardé le silence trop longtemps sur ce sujet. Dans tout le débat sur Ottawa, capitale bilingue, le fédéral est demeuré presque muet alors que l’Ontario et Ottawa se chamaillaient discrètement. Le fédéral aurait pu donner un grand coup de pouce et il ne l’a pas fait. Mais depuis quelques mois, la ministre responsable de la Francophonie, Mélanie Joly, multiplie les présences publiques pour annoncer et réannoncer la réforme. Elle a eu comme une épiphanie bienvenue. Cela a coïncidé à peu près avec la plus importante manifestation de l’Ontario français, le 1er décembre 2018.

Déjà, la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) a déjà déposé un long document de réflexion où elle propose quatre grands changements, dont l’assignation de la loi sur une agence centrale, comme le Conseil du trésor, constatant l’échec du ministère du Patrimoine en ce domaine. Il est vrai que Patrimoine (et le Commissariat aux langues officielles, accessoirement) n’ont pu démontrer leur poigne dans ce dossier. La FCFA propose aussi la modernisation des mécanismes de surveillance, et le bilinguisme des juges de la Cour suprême.

Il s’agit de bonnes bases de discussion pour les cinq forums qui auront lieu sous peu, ainsi que pour le grand symposium, fin mai à Ottawa.

Il reste aussi les éternels sujets comme l’immigration, constamment ciblé entre 4 et 5 %, mais toujours déçu de résultats de l’ordre de 2 à 3 %. Il faudra des moyens plus énergiques, notamment dans les pays qui envoient des immigrants au Canada, pour s’approcher des objectifs ambitieux de l’immigration. Cela fait en sorte qu’en pourcentage, les francophones hors Québec diminuent de recensement en recensement, mais c’est plus un effet de l’immigration massive d’allophones qui en est la cause.

Le fédéral promet donc un long dialogue sur la Loi sur les langues officielles. Cela ne doit pas envenimer le débat national sur la place des francophones au pays, et sur la place du Québec, réputé pour dominer le discours public. Le gouvernement fédéral marchera donc sur un fragile fil de fer au moment où SNC-Lavalin et ses emplois au Québec monopolisent le débat. Il faudra faire attention.