Le premier ministre québécois, François Legault

Laïcité : la paix... jusqu’au 22 octobre

ÉDITORIAL / François Legault n’a rien à craindre. Aucun des chefs de partis fédéraux ne s’immiscera dans le débat sur la loi sur la laïcité au Québec. Le sujet est si explosif, il n’y a aucun doute que personne ne voudra s’en mêler.

D’ailleurs, les premières réactions à la loi sur la laïcité ont été probantes. 

Andrew Scheer ne veut pas s’en occuper et lors des premiers jours de la campagne, il a martelé les thèmes traditionnels à son Parti conservateur : finances publiques, probité, taxes. Jagmeet Singh, le chef du Nouveau Parti démocratique, s’est contenté de parler d’accès au logement et d’assurance-maladie. Les autres aussi. Et Justin Trudeau, le chef du Parti libéral, a été le plus volubile, mais n’en a pas dit davantage. Sauf pour deux mots.

« Pour l’instant, nous trouvons que c’est contre-productif pour un gouvernement fédéral de s’engager directement dans cette cause », a-t-il expliqué.

Les deux mots clefs sont « pour l’instant ».

Comme dans : le temps de la campagne électorale, je ne m’en occuperai pas, mais dès le 22 octobre, lendemain du scrutin, vous pouvez être certain que je ferai tout en mon pouvoir pour démanteler cette loi.

Alors vous voyez, le premier ministre du Québec peut remballer son coffre à outils. Sa loi sur la laïcité ne souffrira aucune contestation... jusqu’au lendemain du vote, ou peu après.

Pourquoi ? Parce que la laïcité vient en choc avec les principes de tolérance et de société multiculturelle qui sont chers à Justin Trudeau. 

La loi va trop loin, nous l’avons souvent dit. En incluant les enseignants dans la liste des « personnes en autorité », la loi défriche plus loin que le compromis de la commission Bouchard-Taylor, qui se limitait aux juges, aux policiers, etc. 

D’ailleurs les premières applications douloureuses de la loi se sont matérialisées au cours des deux dernières semaines, avec les mesures disciplinaires appliquées contre quelques musulmanes qui refusaient de se départir de leur voile. La loi doit abandonner cette clause s’appliquant aux enseignants, de foi musulmane et autres, car le statut d’autorité qu’on leur confère s’avère très discutable. 

Dans le doute, il faut s’abstenir. 

La contestation de la loi québécoise sur la laïcité viendra, il ne faut pas en douter, des libéraux de Justin Trudeau, s’ils sont élus, bien sûr. De là le sens des mots « pour l’instant ». Ce sont eux qui sont les grands défenseurs du multiculturalisme. Mais les conservateurs ne pourront y échapper non plus. S’ils ne veulent pas s’en mêler pendant la campagne électorale, les appels à une implication fédérale se feront pressants après le 21 octobre. 

Car l’idée que le multiculturalisme soit battu en brèche au Québec est intolérable pour bien des Canadiens. Ils ne comprennent pas que la Belle Province puisse discriminer contre le port de signes religieux à ce point. 

Il existe ainsi un fossé profond entre les visées des Québécois et des Canadiens sur ce sujet. 

Les Québécois ont été convaincus par le ministre Simon Jolin-Barrette et le premier ministre Legault que la loi sur la laïcité ne portait pas à conséquence. 

Aujourd’hui, ils sont une majorité à partager cette croyance. 

La fin de la campagne électorale marquera malgré tout un moment clef dans la contestation de la loi sur la laïcité. Elle fera alors l’objet de procédures juridiques pour protester contre l’application de la loi aux enseignants, et ce ne sera pas trop tôt.