Des wagons carbonisés du train de Lac-Mégantic

Lac-Mégantic: penser à l’avenir

ÉDITORIAL / L’Assemblée nationale du Québec s’est ralliée de façon unanime derrière la résolution présentée cette semaine par le député de l’opposition, Nicolas Marceau, qui demande à Ottawa de créer une commission d’enquête publique sur les circonstances entourant la tragédie de Lac-Mégantic.

Il restera probablement toujours des zones d’ombre quant aux politiques mises en place par les gouvernements successifs, qui ont relâché la surveillance, et donné beaucoup de corde à cette compagnie ferroviaire pour jouer avec la vie des autres. Mais une commission d’enquête est-elle vraiment le meilleur véhicule pour faire en sorte que d’autres tragédies ne viennent pas déchirer des communautés canadiennes?

On verra avec quelle détermination et quelle conviction le gouvernement québécois exercera des pressions pour obliger Ottawa à ce nouvel exercice. Le bureau du ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a pour ainsi dire ignoré la requête et les députés québécois ne semblent pas empressés d’assiéger la capitale fédérale avec ce cheval de bataille.

Une commission d’enquête ne serait certes pas inutile pour autant. Les procédures judiciaires n’ont pas permis d’aller au fond des choses, personne n’a vraiment été imputable pour le laxisme qui a créé les conditions ayant mené à ce dénouement horrible.

Des citoyens de Lac-Mégantic réclament cette commission, mais la population accorde plus d’importance, et d’urgence, à l’aménagement d’une voie de contournement, réclamée depuis 2013. Les municipalités veulent aussi être mieux informées des matières dangereuses qui circulent sur leur territoire. C’est là que les élus doivent d’abord continuer d’exercer les pressions.

Il en coûterait des millions $ pour mettre sur pied une telle commission et lui donner les moyens de mener à bien ce mandat, mais l’exercice ne permettra pas pour autant de réécrire l’histoire ou d’en changer la conclusion. Il ne changera rien non plus au fait que la justice n’a pu identifier ou punir les fautifs.

Le rapport du Bureau de la sécurité des transports (BST) du Canada a déjà fait une grande partie de la genèse de la tragédie. Une commission d’enquête risque fort de répéter ce travail. Les données additionnelles que l’on irait chercher valent-elles vraiment l’investissement qu’il faudrait consentir pour y parvenir?

Le gouvernement fédéral est en tain de compléter une révision en profondeur de la Loi sur la sécurité ferroviaire. L’exercice n’a pas reçu — et de loin — la visibilité qu’il méritait, étant donné l’importance de ce dossier. Ce sera insuffisant. Mais la Loi sur la sécurité ferroviaire n’est qu’un volet d’un problème beaucoup plus large : tout le transport des matières dangereuses, et plus particulièrement des produits pétroliers.

Si on veut vraiment se donner des bases plus solides pour assurer notre avenir et éviter la répétition de telles catastrophes, et si on juge que cette question mérite d’y investir des fonds publics, une commission parlementaire fédérale devrait peut-être s’en charger et entreprendre une véritable consultation publique sur cette problématique, pour déboucher sur une politique claire. Par quels moyens voulons-nous que transitent ces produits à travers notre vaste territoire?

S’opposer à la construction d’oléoducs pendant qu’on se ferme les yeux sur la hausse du trafic ferroviaire revient à se mettre la tête dans le sable. Peut-être le temps est-il venu d’aborder cette question de front une fois pour toutes.