Le salaire du recteur de l'UQO, 176 782$, est loin derrière celui des autres recteurs du Québec qui empochent entre 300 000 $ et 400 000 $.

La vraie iniquité du réseau de l’UQ

ÉDITORIAL / Les salaires des recteurs des composantes de l’Université du Québec sont si modestes par rapport à leurs collègues des universités à charte que c’en est presque «du mépris», estime Lise Bissonnette. Cela vaut évidemment pour Denis Harrisson, le recteur de l’Université du Québec en Outaouais depuis 2015. Son salaire de 176 782 $ le place loin derrière les autres recteurs du Québec qui empochent entre 300 000 $ et 400 000 $.

En guise de comparaison, Allan Rock a reçu 394 999 $ à titre de recteur de l’Université d’Ottawa en 2016, la dernière année pour laquelle des données sont connues.

Aux États-Unis, les recteurs d’universités publiques — la nuance est importante — gagnaient en moyenne 428 000 $ en 2014, selon le Chronicle of Higher Education, rapporté dans La Presse en 2016.

Cela fait plusieurs années que Mme Bissonnette, l’ancienne directrice du journal Le Devoir, s’insurge contre les échelles salariales des dirigeants du réseau de l’Université du Québec. En 2013, elle tenait un discours similaire alors qu’elle entamait son mandat de présidente du conseil de l’Université du Québec à Montréal. À ce titre, elle vient d’embaucher une nouvelle rectrice, Magda Fusaro, dont le salaire frisera les 200 000 $. 

La taille des universités n’explique pas tout non plus. L’UQAM compte plus d’étudiants que Concordia mais son recteur a encaissé 2,5 fois plus. Et la minuscule Bishop’s paie son recteur 297 558 $, même si moins de 2750 étudiants y sont inscrits.

Dans Le Devoir, mercredi, Mme Bissonnette parle d’une «iniquité flagrante» et ne peut s’expliquer pourquoi ses représentations auprès du gouvernement du Québec demeurent lettre morte. Elle croit même que le mépris — faute d’un autre mot — face au réseau «extraordinaire» de l’UQ, touche tous les partis à l’Assemblée nationale.

Rappelons au passage que les salaires des dirigeants des Universités du Québec sont fixés par l’État alors que ceux des universités à charte sont décidés par le Bureau des gouverneurs de chacune.

Mais un coup de baguette pour ajouter 150 000 $ aux salaires des recteurs du réseau de l’UQ ne réglerait pas vraiment le problème. Si cela les réjouirait sans doute, et satisferait Mme Bissonnette, cela ouvrirait une tout autre boîte de Pandore. Rapidement ce serait les vice-recteurs qui se plaindraient de leurs écarts salariaux, puis les professeurs, puis les chargés de cours, et ainsi de suite. Et comme les émoluments de ces milliers de travailleurs du savoir sont puisés dans les fonds publics, cela créerait un trou financier dans les comptes de l’État québécois. On n’en sort pas. 

Il y a dans la vie plein de situations inéquitables dont il faut se faire une raison. Dans une région comme Ottawa-Gatineau, les écarts sont particulièrement prononcés entre les compensations au gouvernement fédéral et les autres employeurs. Le secteur privé s’ajuste tant bien que mal et il y a constamment des gens qui se laissent charmer par le chant des sirènes fédérales. Pour ces personnes, les questions financières priment souvent sur d’autres considérations. 

En ce qui concerne l’UQO et ses soeurs du réseau de l’UQ, le vrai problème que pourraient provoquer les iniquités salariales décriées par Lise Bissonnette serait que la qualité de l’enseignement et la valeur de ses diplômes s’avèrent déficientes en comparaison avec ceux des universités à charte. Cela ne semble pas le cas. 

En attendant, les membres de l’UQ se concentrent sur leurs missions régionales avec les moyens du bord... et s’il y a déficience, elle semble davantage situer dans la pénurie de moyens dont ils sont dotés. Un air connu en Outaouais.