Le premier ministre Doug Ford en compagnie de la ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney.

La vraie cible, c’est Doug Ford

ÉDITORIAL / Doug Ford mène une barque qu’il dirige à l’à peu près, obsédé en apparence par le redressement des finances publiques. Son engagement à mettre fin à la taxe sur le carbone a coûté 3 milliards $, celui de réduire de 10 cents le prix à la pompe doit coûter 1,2 milliard $ par an. Il a aussi promis de réduire les impôts des particuliers à hauteur de 3,6 milliards $ la troisième année de son mandat. Ces mesures populaires en apparence coûteront cher au Trésor ontarien. Sur les deux enjeux franco-ontariens, la décision semble davantage une question de principe que de réelle économie.

Hier, Mme Mulroney a défendu le passage des employés du Commissariat aux services en français comme d’un simple transfert sous la gouverne de l’Ombudsman de l’Ontario, Paul Dubé. Et elle a ajouté : « Même le commissaire sera transféré s’il le choisit. » Elle a même confié qu’un poste de commissaire adjoint serait créé. 

Quoi ? Où va-t-elle chercher ça ?

Rappelons que les 13 employés du Commissariat doivent déjà passer sous la responsabilité de l’Ombudsman.

Pas un seul employé coupé, ni le commissaire François Boileau, qui deviendrait ombudsman adjoint.

Où sont les économies ? Il n’y en a pas, de toute évidence. Cela sent l’improvisation à plein nez. 

Quand un gouvernement modifie un projet au fil des jours, voire des heures, cela illustre bien que toute l’opération avait été mal planifiée.

Cette annonce n’était qu’une attrape, qu’un leurre. Qu’une initiative lancée en fin de document, de façon superficielle,

Qu’un plan idéologique « contre les libéraux de Kathleen Wynne », une attaque que M. Ford répète constamment parce qu’il sent que les Ontariens l’ont encore dans la gorge. Caroline Mulroney, qui est procureur générale de l’Ontario et ministre déléguée aux Affaires francophones, assène le même message, mais à sa manière, martelant que les Ontariens leur ont confié le mandat d’assainir les finances publiques.

Par-dessus tout, il s’agit d’une attaque contre une communauté fondatrice de l’Ontario et du Canada, choisie parce que M. Ford l’ignore. Il raconte avoir des amis franco-ontariens, mais on les cherchera. On se souviendra davantage de sa bourde en campagne électorale lorsqu’il a dit, en parlant des francophones, qu’il aimait bien le Québec... alors qu’on lui parlait des Franco-Ontariens.

Caroline Mulroney n’est qu’une victime collatérale dans tout cela. Il faut cesser de réclamer sa démission, elle n’est que la porteuse de mauvaises nouvelles. Évidemment, le fait qu’elle accepte de colporter des faussetés la rend un peu coupable par association.

La vraie cible, c’est Doug Ford. 

Voilà celui qu’il faut convaincre du caractère erroné de ses positions sur les deux enjeux franco-ontariens. Il ne faut pas espérer une fin glorieuse, il faut miser sur un argumentaire juridique solide, sur des démarches politiques soutenues. Voilà ce qui, à terme, le fera reculer. La communauté franco-ontarienne s’organise : comme en 1997 dans le dossier de l’hôpital Montfort, la guerre menace d’être longue, mais des appuis de partout se joignent à nous. Ne lâchons pas !