Raymond Théberge est un Franco-Manitobain qui a travaillé en Ontario, côtoyé la communauté anglo-québécoise à l’Université McGill et qui était jusqu’à récemment recteur de l’Université Moncton, en Acadie.

La rigueur morale du Commissaire

ÉDITORIAL / Raymond Théberge n’a peut-être pas la rigueur morale que certains espéraient comme prochain Commissaire aux langues officielles. Mais une chose est sûre : il apprend vite.

Poursuivant son témoignage devant le Comité du Parlement sur les langues officielles, hier, le candidat du gouvernement libéral a évité les pièges dans lesquels il était naïvement tombé mardi. Sur le bilinguisme des juges de la Cour suprême, la réponse qu’il a spontanément offerte, hier, était un énergique et succinct « Évidemment ! »

Deux jours plus tôt, M. Théberge s’était empêtré dans un explication alambiquée qui a suscité plus de questions que de réponses.

« En principe, moi, j’y crois ; en pratique, jusqu’à quel point est-ce qu’on va représenter la diversité canadienne à la Cour suprême ?, a-t-il avancé. Je pense que c’est la Cour suprême de tous les Canadiens, donc, au niveau pratique, on doit commencer à songer : qu’est-ce que ça veut dire ? »

Ce verbiage hors d’ordre sur une question assez simple justifiait exactement les craintes exprimées par des gens qui ont suivi la carrière de M. Théberge. La députée Ann Minh-Thu Quach a parlé de « mollesse » alors que le sénateur Serge Joyal y allait par l’autre bout, laissant entendre qu’il n’avait pas tout le mordant attendu d’un agent du Parlement.

Personne ne doute des talents de M. Théberge, un Franco-Manitobain qui a travaillé en Ontario, côtoyé la communauté anglo-québécoise à l’Université McGill et qui était jusqu’à récemment recteur de l’Université Moncton, en Acadie. 

Mais l’ombre a toujours son terreau. Alors que sa candidature de Commissaire aux langues officielles est sur le point d’être confirmée, il s’est cette fois retrouvé sous les feux de la rampe où toutes ses paroles étaient scrutées à la loupe. Et ses élucubrations sur la diversité canadienne ne passent pas.

Raymond Théberge a répondu à la manière d’un Commissaire à la diversité culturelle. Mais cette fonction n’existe pas et il n’est pas là pour soupeser les difficultés d’appliquer la Loi sur les langues officielles pour une Cour suprême moderne dans un Canada multiculturel. Cette tâche appartient au gouvernement, au premier ministre, au ministre de la Justice. Bref, il aurait dû déjà se comporter comme un Commissaire aux langues officielles, point à la ligne. Et répéter l’engagement énoncé dès 2010 par son prédécesseur Graham Fraser en faveur d’une Cour entièrement capable de travailler dans les deux langues officielles, sans le filtre de la traduction.

Le Commissariat se bat régulièrement à contre-courant. Quarante-sept ans après sa création, on s’interroge encore sur les outils utiles pour faire respecter la Loi sur les langues officielles. Au-delà de la conviction et de la compétence, cela demande une indépendance d’esprit et du courage pour tenir tête aux incrédules et aux récalcitrants, parfois très puissants. 

Hier, l’ex-chef néo-démocrate Thomas Mulcair a invité le futur commissaire à rappeler l’épique bataille à laquelle ils avaient collaboré sur la traduction des lois du Manitoba, à partir de 1985. Cela devait éclairer sur la capacité de résistance de M. Théberge, sur lequel des doutes persisteront quelques années encore. 

Les communautés minoritaires ont besoin d’un commissaire fort, comme pour rappeler au gouvernement libéral qui l’embauche qu’Ottawa, capitale d’un pays bilingue, doit être elle aussi bilingue. Que l’immigration francophone mérite des moyens accrus. Que les délais pour un Plan d’action asphyxient les communautés isolées. La liste est longue. La tâche sera ardue. Il faut une personne décidée et courageuse. Raymond Théberge répondra-t-il à l’appel ?